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mardi 17 février 2026
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Municipales 2026 à Saint-Étienne : forces en présence, projections électorales et récits de campagne

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Le billet d’Eric Moulin Zinutti

À l’approche des élections municipales de mars 2026, Saint-Étienne s’engage dans une campagne qui, sans être spectaculaire, s’annonce déterminante pour l’équilibre politique local. Ville longtemps identifiée à la gauche ouvrière, Saint-Étienne a basculé durablement à droite à partir de 2014, sans pour autant se stabiliser politiquement. Les fractures sociales, la désindustrialisation et une abstention structurellement élevée continuent d’y produire des configurations électorales mouvantes, où les rapports de force sont moins figés qu’ils ne le paraissent.

La séquence électorale ouverte en 2014 constitue toujours le point de référence. Cette année-là, la droite conquiert la mairie, puis confirme son emprise en 2020. Lors de ce dernier scrutin, le maire sortant Gaël Perdriau s’impose au second tour avec près de 59 % des suffrages, face à une gauche rassemblée mais insuffisamment mobilisée. Ce résultat s’explique moins par une adhésion massive que par un différentiel de participation très marqué. Les électeurs les plus âgés, les propriétaires et les classes moyennes stabilisées se sont rendus aux urnes, tandis que les quartiers populaires, pourtant nombreux, se sont largement abstenus. Cette mécanique reste centrale pour comprendre les projections de 2026.

La droite et le centre abordent la nouvelle échéance avec une stratégie de rassemblement maximal. Conscientes du risque de dispersion dans un scrutin municipal à la proportionnelle, les principales forces de ce bloc ont choisi l’union. La tête de liste, Dino Cinieri, s’inscrit dans cette logique. Ancien député et ancien maire de Firminy, il bénéficie d’une notoriété réelle à l’échelle de l’agglomération, notamment dans les territoires populaires de l’ouest stéphanois. Cette notoriété, combinée à une image de gestionnaire expérimenté, explique pourquoi les projections situent la droite et le centre entre 28 et 33 % des suffrages au premier tour. Le plafond de cette fourchette correspond à une hypothèse d’unité réelle et de mobilisation correcte de l’électorat traditionnel. Le plancher intègre l’usure du pouvoir municipal, le rejet d’une partie de l’électorat urbain plus jeune et le risque non négligeable de dissidences internes, toujours présentes dans l’histoire politique locale. La gauche, de son côté, aborde le scrutin dans une position paradoxale. Électoralement affaiblie depuis une décennie, elle conserve néanmoins des bastions solides dans plusieurs quartiers populaires et dans le centre ancien. Son chef de file, Régis Juanico, incarne une tentative de retour à une gauche municipale de proximité, axée sur les services publics, le cadre de vie et la gestion quotidienne de la ville. Les projections concernant la gauche dépendent presque entièrement de la question de l’unité. Dans l’hypothèse d’une alliance dès le premier tour entre socialistes, communistes et écologistes, la gauche peut raisonnablement viser entre 25 et 30 % des voix. Cette estimation repose sur les résultats cumulés observés lors des scrutins nationaux et sur l’existence d’un électorat populaire fidèle mais irrégulier dans sa participation.

En revanche, si La France insoumise choisit de partir seule, la dispersion devient mécanique. La liste d’union se situerait alors autour de 20 à 23 %, tandis qu’une liste insoumise pourrait capter entre 8 et 12 %, affaiblissant l’ensemble du camp progressiste et réduisant sa capacité à rivaliser au second tour.

Le Rassemblement national constitue désormais un acteur central du paysage électoral stéphanois, même s’il reste exclu de toute perspective de gouvernance municipale. Son ancrage est réel dans plusieurs quartiers populaires et dans des zones marquées par le chômage et le déclassement social. Lors des dernières élections nationales, le RN a atteint, dans certains bureaux de vote, des scores compris entre 18 et 25 %. Ces résultats permettent d’estimer son potentiel municipal entre 12 et 18 %.
Cette fourchette intègre à la fois la fidélité de son électorat et les limites structurelles du parti à l’échelle municipale, notamment une implantation militante faible et une difficulté persistante à incarner un projet local crédible. Même sans ambition majoritaire, le RN joue un rôle décisif, car il capte une partie de l’électorat populaire historiquement acquis à la gauche et attire également des électeurs conservateurs déçus par la droite classique. À Saint-Étienne, sa fonction est moins celle d’un conquérant que celle d’un perturbateur durable des équilibres.

Les écologistes et les listes citoyennes complètent ce paysage fragmenté. Leur poids électoral reste limité, mais leur influence est loin d’être négligeable. Dans une ville où les enjeux environnementaux, de santé publique et de mobilité sont présents mais rarement prioritaires dans le vote municipal, leur potentiel se situe généralement entre 5 et 10 %.
Ce score, insuffisant pour prétendre à la victoire, peut néanmoins devenir décisif lors des négociations et des reports de voix du second tour.

À partir de ces éléments, plusieurs scénarios apparaissent crédibles. Dans la configuration la plus probable, la droite et le centre arrivent en tête du premier tour avec un peu plus de 30 %, devant une gauche située autour de 27 %, tandis que le RN dépasse les 15 %. Ce scénario conduirait à une victoire de la droite au second tour, portée par une meilleure discipline électorale et par des reports de voix partiellement favorables. Un scénario plus ouvert reste toutefois possible si la gauche parvient à s’unir pleinement et à mobiliser les abstentionnistes des quartiers populaires.

Dans ce cas, un duel serré pourrait s’installer, rendant l’issue dépendante de quelques points de participation. Enfin, une triangulaire incluant le RN ne peut être exclue, ce qui renforcerait encore l’incertitude tout en favorisant structurellement la droite.


Au fond, l’élection municipale de 2026 à Saint-Étienne ne se jouera pas uniquement sur les programmes ou les personnalités. Elle dépendra avant tout de la capacité des différents camps à mobiliser des électorats qui, depuis plusieurs scrutins, se déplacent de moins en moins. Dans une ville où cinq points de participation peuvent inverser un résultat, la campagne sera moins une bataille d’idées qu’un combat pour faire sortir les électeurs de l’abstention.


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Eric Moulin Zinutti
Eric Moulin Zinutti
Professeur de lycée, généalogiste professionnel et historien régional. Membre du Cercle généalogique de la Loire.

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