AccueilCultureSaint-Étienne, la mine et les Verts : histoires de mémoire et de...

Saint-Étienne, la mine et les Verts : histoires de mémoire et de livres

Date:

Radio Gaga 42

Rencontre du 24 septembre 2026 pour Radio GAGA 42

Ce rendez-vous met à l’honneur Frédéric Bloch et son roman Au temps de la mine et des Verts, une fiction située à Saint-Étienne entre 1956 et 1976, au croisement de la vie minière, de la famille et de la passion footballistique. L’auteur raconte la construction de son personnage Étienne, tout en expliquant ses recherches sur la ville, la mine, la couture et le parler gaga. L’entretien aborde également ses autres ouvrages, notamment Je te croque, Odile, avant de donner la parole à Eugène Rard, éditeur et directeur d’un groupe éditorial stéphanois attaché au devoir de mémoire. La fin du rendez-vous présente l’histoire de cette maison d’édition, son catalogue, son modèle économique et ses prochains rendez-vous.

La naissance d’Étienne, un enfant stéphanois passionné par les Verts

Frédéric Bloch présente Au temps de la mine et des Verts, une fiction consacrée à Saint-Étienne, à la mine et à l’équipe de football emblématique de la ville, alors même qu’il n’est pas stéphanois. Le point de départ du livre repose sur une réflexion autour des enfants nés à des dates particulières : ceux du 1er mai reçoivent du muguet, ceux du 14 juillet profitent des bals et des feux d’artifice, ceux du 11 novembre voient les drapeaux apparaître aux balcons, tandis que les enfants nés le 29 février ne vieillissent symboliquement que tous les quatre ans. À partir de cette idée, l’auteur imagine Étienne, né le 26 décembre 1956 à Saint-Étienne, dont il suit la vie de 1956 à 1976.

Le père du personnage est mineur et sa mère est couturière. Le roman décrit son enfance et son adolescence, avec leurs bêtises, leurs premiers amours et la découverte progressive des univers professionnels de ses parents. Pour documenter cette époque, Frédéric Bloch s’est rendu à Saint-Étienne pendant trois ou quatre jours, où il a rencontré des habitants et visité des musées afin de mieux comprendre la mine, la couture et la vie quotidienne des années 1960 et 1970. Il explique que sa principale surprise ne vient pas tant de la mine que du gaga, le dialecte stéphanois, dont les mots et les sonorités l’ont particulièrement séduit. Il aurait même souhaité assister à un spectacle en gaga, mais n’en a pas eu l’occasion lors de son séjour.

La mine, les voyages familiaux et la formation d’un jeune garçon

16_9782355514159_1_75 Saint-Étienne, la mine et les Verts : histoires de mémoire et de livres

Le parallèle entre la mine et les Verts apparaît naturellement dans le récit, notamment à travers la vie du père d’Étienne. Celui-ci est présenté comme un mineur au caractère affirmé, une « grande gueule » peu appréciée des gouverneurs, c’est-à-dire des patrons des mines. Le roman s’attache à décrire le monde souterrain, le travail minier et les pratiques associées à cette époque, tout en montrant comment la profession du père influence la passion du garçon pour l’équipe stéphanoise.

La vie d’Étienne ne se limite toutefois pas à Saint-Étienne. Ses grands-parents étant installés à Grenoble et à Montpellier, il découvre des univers très différents selon les saisons : l’été à Montpellier lui permet de nager, de voir la mer et de découvrir la tauromachie, tandis que l’hiver à Grenoble est consacré au ski. Ces expériences, ajoutées aux amours naissantes et aux bêtises ordinaires de l’enfance, composent le parcours initiatique du personnage. Frédéric Bloch indique avoir écrit le livre sur une période de trois à quatre ans, mais de manière intermittente, par épisodes et sans y travailler à plein temps.

Une histoire locale capable de toucher toute la France

L’auteur estime que le livre peut intéresser bien au-delà du public stéphanois. Les habitants de la région peuvent y reconnaître leur ville et leur mémoire familiale, mais la mine a également marqué d’autres territoires, notamment le Nord. De son côté, l’épopée des Verts a fait rêver toute la France : même si Marseille et le Paris Saint-Germain ont ensuite connu de grands succès, l’équipe stéphanoise reste associée à une période majeure du football national, au même titre que l’épopée lensoise évoquée pendant l’entretien.

Frédéric Bloch s’attend donc à rencontrer des lecteurs nés dans les mêmes années que son personnage, susceptibles de retrouver dans le roman des souvenirs de jeunesse et leur propre « épopée ». Gilles Charles souligne que les Verts de l’époque étaient aimés parce qu’ils semblaient représenter le travail et la sueur des mineurs. L’auteur approuve pleinement cette interprétation et considère que cette identification explique en grande partie la popularité exceptionnelle du club.

La publication a été rendue possible par la rencontre avec Eugène Rard, éditeur à Saint-Étienne, qui a lu le manuscrit et proposé de l’éditer. La diffusion est principalement prise en charge par l’éditeur. Frédéric Bloch participe néanmoins aux rencontres et aux dédicaces, notamment lors d’un séjour de deux jours à Saint-Étienne. Il raconte aussi sa présence au Grand Palais à Paris au mois d’avril de l’année précédente, où il était resté trois ou quatre jours avec Eugène Rard et avait mobilisé ses amis et ses collègues pour vendre davantage d’exemplaires. Le livre est proposé au prix de 10 euros et peut notamment être acheté comme cadeau.

De la fiction stéphanoise à l’histoire d’Odile

Les lecteurs prennent souvent Au temps de la mine et des Verts pour une autobiographie, au point de demander à l’auteur si l’histoire est réellement la sienne. Frédéric Bloch précise qu’il ne s’agit pas de sa vie et qu’il n’est pas Étienne : il a inventé l’essentiel du récit. Seuls quelques proches apparaissent sous leur véritable identité ou inspirent certains personnages, notamment ses deux frères et sa sœur, Jean-Michel, Fred, Dominique et Marianne.

L’entretien s’élargit ensuite à la production littéraire de Frédéric Bloch, avec la présentation de Je te croque, Odile. Ce récit est né d’un désaccord personnel entre l’auteur et sa mère. Il met en scène une petite fille qui adore son père mais supporte difficilement les reproches de sa mère, notamment au sujet du rangement de sa chambre. Odile écrit alors au Père Noël pour demander un changement. On lui annonce que sa mère doit s’absenter quelque temps et son père lui trouve une nounou pour la remplacer. Mais la nouvelle nounou se révèle encore pire que la mère. Odile réécrit donc au Père Noël afin de retrouver sa maman, qui revient finalement comme prévu.

Frédéric Bloch évoque enfin l’image que les Parisiens peuvent avoir de Saint-Étienne. Il apprécie particulièrement les musées, l’art contemporain, la Manufacture, les lieux qui ont contribué à la renommée de la ville, ainsi que le stade Geoffroy-Guichard, le fondateur du groupe Casino et certains chocolats locaux. L’entretien avec lui se termine sur des remerciements et des vœux de longue vie pour son ouvrage.

Eugène Rard, un éditeur attaché au devoir de mémoire

La seconde partie de l’émission donne la parole à Eugène Rard, directeur du groupe éditorial Somofice, qui réunit les éditions Semées, orientées vers la spiritualité chrétienne, et les éditions de l’Officine, généralistes. Il explique que la maison s’adresse à tous les publics, avec des livres pour les enfants comme pour les adultes. Installée à Saint-Étienne, dans la Grand-Rue, avec le tram passant devant la librairie, elle propose un catalogue très diversifié.

Eugène Rard raconte que son parcours d’auteur et d’éditeur a commencé après un accident survenu à la plage. Alors qu’il jouait avec des enfants, un choc lui a gravement endommagé les cordes vocales. Après plusieurs jours, puis une consultation médicale, un spécialiste lui apprend que ses cordes vocales ne tiennent plus que par un fil et qu’il faut attendre, sans possibilité d’intervention immédiate. Quelques jours plus tard, alors qu’il passe l’aspirateur, il retrouve soudainement sa voix. Il interprète cet épisode de manière humoristique en concluant que le diable avait peut-être davantage peur de ses écrits que de ses paroles. Cette expérience l’encourage à écrire : il possède déjà plusieurs manuscrits en réserve et a publié de nombreux ouvrages.

Son activité éditoriale s’est ensuite structurée avec le rachat des éditions de l’Officine en 2019. Le groupe publie actuellement de nouveaux livres de façon régulière, tandis que les ouvrages peuvent être commandés dans les librairies et sur Internet, certains étant également déposés dans des points de vente régionaux. Eugène Rard estime que son catalogue réunit environ 110 à 120 auteurs venus de différents continents. Au total, près de 600 titres ont été publiés, dont environ 450 par l’Officine, maison généraliste, et 150 par la branche consacrée à la spiritualité chrétienne.

La rencontre avec Frédéric Bloch s’est faite simplement : l’auteur a envoyé son manuscrit, l’éditeur l’a lu et a été sensible à son contenu. Eugène Rard insiste sur l’importance du « devoir de mémoire », dimension qui l’a particulièrement attiré dans cette histoire consacrée à la mine, à Saint-Étienne et à une époque révolue. Il reconnaît toutefois la nécessité de maintenir une activité économiquement viable, car l’édition doit financer le papier, la distribution, la communication, les locaux et les sites Internet. Aujourd’hui retraité, il indique que l’entreprise parvient grosso modo à dégager l’équivalent d’un SMIC tout en louant son local et en assumant ses frais de fonctionnement.

Enfin, il annonce la présence de la maison d’édition sur les marchés de Noël de la région. Cette conclusion élargit la fonction du livre : il ne s’agit pas seulement d’un objet commercial, mais aussi d’une nourriture de l’esprit, en référence à une parole de Jésus selon laquelle l’être humain ne vit pas seulement de pain. L’émission se clôt sur cette idée d’une alimentation à la fois du corps, de l’âme et de l’esprit, ainsi que sur une note chaleureuse autour d’une possible visite du pape en France et des remerciements adressés à Eugène Rare.

L’intégralité de la vidéo est à retrouver ICI

Redaction
Redactionhttps://www.minformer.com
Depuis le 22 Avril 2025 partagez vos infos : contact@minformer.com

Dernières actu

Populaire

Recevez les dernières actualités

Chaque semaine, les infos essentielles de Minformer.com directement par email.

Populaire