À l’arrière de l’Hôtel‑de‑Ville, une fontaine ornée de sculptures en bronze représentant deux nymphes — surnommées localement « les cranques » (signifiant « commères » en patois stéphanois) — a été installée en 1874.
L’œuvre est de Albert-Ernest Carrier‑Belleuse, fondeur André‑Barbezat.
Cette fontaine ancienne symbolise l’essor industriel stéphanois durant la Troisième République jusqu’à sa disparition avec le projet contemporain.
Origine et construction (1874)
- Inauguration : vers 1874, dans le contexte du grand aménagement de la place de l’Hôtel de Ville.
- Sculpteur : Albert-Ernest Carrier-Belleuse, l’un des sculpteurs français les plus renommés du XIXᵉ siècle, mentor d’Auguste Rodin.
- Fondeur : Atelier André Barbezat, également basé à Saint-Étienne.
- Style : Allégorie classique du XIXᵉ siècle.
- La fontaine comprenait deux statues en bronze, représentant des nymphes assises, dans une attitude expressive et vivante.
- Elles étaient affectueusement surnommées par les Stéphanois « les cranques », ce qui signifie « les commères » en patois local, en raison de leur posture « bavarde ».
- Ces sculptures étaient placées au bord d’un grand bassin circulaire.
Elle représentait à la fois le progrès industriel, l’esthétique urbaine et le lien avec l’eau — un thème cher à l’urbanisme de la Troisième République.
Elle fut un repère populaire dans la ville pendant plus d’un siècle.

Après les importants travaux de rénovation de la place sous la municipalité de Maurice Vincent, une nouvelle fontaine moderne fut conçue :
- Une structure en inox poli en forme de longue feuille végétale, de 12 m de long, 4 m de large et 0,8 m de haut.
- L’ensemble a mobilisé environ 5 000 heures de fabrication, réalisé par des entreprises locales regroupées dans la grappe Mécaloire .
- Le dispositif hydraulique propose plusieurs effets d’eau : jets jusqu’à 1,70 m, bouillonnement ou brume, créant une ambiance visuelle spectaculaire.
- L’architecture évoque à la fois une navette spatiale ou un vaisseau pirate — très contemporaine dans son langage visuel.
Cette fontaine fait partie d’un réaménagement urbain global évalué à 10 M € HT.

La fontaine contemporaine suscite de fortes réactions :
Dans les années 2010, un Stéphanois a créé le groupe Facebook « Sauvons la vulve !! », estimant que la forme évoquait davantage une vulve qu’une feuille, devenant un support de discussions féministes.
Le débat public illustre comment l’art urbain contemporain peut stimuler interprétation subjective et polémique.
L’Hôtel‑de‑Ville lui‑même a été construit entre 1821 et 1830 par Pierre‑Antoine et Jean‑Michel Dalgabio sur la place dite « Monsieur », renommée depuis place de l’Hôtel‑de‑Ville.
Le bâtiment fut enrichi d’un dôme (1864) et d’un carillon, détruit après un incendie en 1952, puis rénové dans les années 1970 .
Les statues de la Rubanerie et de la Métallurgie, sculptées par Étienne Montagny, encadrent l’escalier d’entrée depuis 1872, témoins de la tradition industrielle locale.
Lors du réaménagement de la place de l’Hôtel de Ville dans les années 2010 (projet Maurice Vincent), la fontaine a été retirée.

Les sculptures ont été conservées par les services municipaux dans les réserves du patrimoine.
Cela a suscité une certaine émotion locale, plusieurs habitants ayant réclamé la restauration ou la réinstallation des « cranques ».
À ce jour, elles ne sont pas exposées publiquement, mais plusieurs associations patrimoniales militent pour leur réintégration dans l’espace public.
La ville a évoqué une possible réutilisation dans un autre lieu urbain ou musée, mais aucun projet concret n’a été définitivement lancé.
Pour ma part je préfère me souvenir de nos slaloms l’été entre les jets de la fontaine de l’hôtel de ville, d’après de nombreux stéphanois informés elle a du être remplacée, a cause de fuite dans le parking souterrain et son poids qui menaçait la dalle…


