Pat. Françon recevait il y a quelques jours, Dominique Goubatian, président du conseil paroissial de l’Église apostolique arménienne de Saint-Étienne, pour une plongée détaillée dans la vie de la communauté arménienne de Saint-Étienne et de sa région, en retraçant son organisation religieuse, son ancrage historique, ses actions culturelles et associatives, ainsi que son implication dans la diplomatie territoriale, tout en abordant la difficile actualité du conflit au Haut-Karabagh. Cet entretien explore la complexité des identités religieuses arméniennes, la dynamique associative locale, la dimension mémorielle autour du génocide, et le rôle des médias communautaires. Un éclairage précieux sur les liens entre engagement associatif, culture, mémoire et actualité géopolitique.
Portraits Croisés et Débuts Associatifs
L’entretien débute avec la présentation des intervenants : Dominique Goubatian, ancien journaliste à la retraite active et président depuis six mois de la communauté arménienne de Saint-Étienne. Rapidement, les deux hommes mettent en avant l’importance des élections municipales prochaines et de l’engagement politique dans leur parcours respectif. Dominique précise son rôle de président du conseil paroissial de l’Église apostolique arménienne de Saint-Étienne et de la Loire, placée sous l’autorité du père, prêtre depuis une quinzaine d’années. Les enjeux associatifs et religieux s’entremêlent, avec la gestion de toutes les activités rattachées à l’église. Est ensuite abordée la question des différentes branches de l’Église arménienne, en distinguant l’apostolique de la catholique : si les traditions sont similaires, de subtiles différences théologiques persistent, mais la convivialité et la coopération dominent lors des cérémonies, illustrées notamment par la co-présence de religieux aux obsèques. Cette phase introductive positionne la communauté comme très structurée, attentive à ses racines et à sa pluralité spirituelle.
Implantation, Jumelages et Diplomatie Territoriale
La discussion se poursuit sur la vitalité démographique de la communauté arménienne locale : environ un millier de personnes à Saint-Étienne et autant à Saint-Chamond, avec des présences dans d’autres villes comme Roanne et Montbrison. Dominique Goubatian évoque la récente signature de jumelages entre Saint-Étienne, Saint-Chamond et des régions arméniennes lourdement affectées par l’invasion du Haut-Karabagh. Saint-Étienne est notamment jumelée avec la ville de Kapan, proche de la frontière azerbaïdjanaise, une initiative soutenue par le ministère français des Affaires étrangères dans le cadre d’une diplomatie des territoires. Les échanges concrets sont soulignés : voyages officiels, stages en mairie et hospitaliers – tels que l’accueil de médecins de Kapan à l’hôpital de Saint-Étienne – témoignent d’une dynamique d’entraide concrète. La communauté veille ainsi à ce que le lien avec l’Arménie soit vivant, tout en valorisant la solidarité entre les territoires et la reconnaissance internationale des situations de crise.
Vie Culturelle, Rites Religieux et Transmission
La séquence suivante met l’accent sur la dimension culturelle et rituelle : la salle communautaire appartient à l’église arménienne, et de nombreux événements y sont organisés, dont des conférences et des programmes culturels réguliers. Dominique Goubatian mentionne les cinq grandes fêtes traditionnelles de l’église apostolique arménienne, dont Noël, célébré les 5 et 6 janvier, et la fête de l’Assomption marquée par la distribution de raisins bénis le 15 août. Chaque fête donne lieu à des rituels spécifiques de partage : distribution de l’éni pour Noël, de petites croix arméniennes lors de la fête de la Sainte Croix. Cette vitalité rituelle nourrit un sentiment d’identité forte et de fierté locale, tout en cimentant la communauté autour d’événements fédérateurs, tant sur le plan religieux que culturel.
Mémoires blessées : Génocide, Reconnaissance et Actualité du Karabagh
Dans cette partie charnière, l’entretien aborde la mémoire traumatique du génocide arménien, encore difficile à faire reconnaître par certains pays. Dominique Goubatian rappelle que la France a officiellement reconnu le génocide il y a 25 ans, une décision législative portée par le député François Rochebloine et couronnée sous la présidence Macron par l’inscription du 24 avril comme journée mémorielle officielle. Le dialogue rebondit sur l’actualité géopolitique : la séquence très médiatisée d’une rencontre pour la paix entre les dirigeants arménien et azerbaïdjanais sous l’égide de Donald Trump laisse Dominique sceptique, soulignant l’exode massif et brutal de 120 000 Arméniens du Haut-Karabagh, sans négociation et dans l’indifférence générale. Il insiste sur l’ancienneté de la présence arménienne dans la région, attestée par de nombreux vestiges historiques, et déplore l’expulsion “injuste” d’un peuple de ses terres ancestrales. Il pointe également la passivité de la Russie, traditionnellement considérée comme protectrice, qui n’a pas empêché l’exode, ce qui suscite un sentiment d’injustice et de trahison au sein de la communauté. Cette séquence souligne la gravité des défis contemporains et le ressenti profond d’insécurité et d’abandon.
Médias, Communication communautaire et Conclusion
En clôture, l’entretien s’intéresse au rôle crucial des médias dans la cohésion communautaire. Dominique décrit la vitalité de la presse francophone arménienne : hebdomadaires, mensuels, et jusqu’à récemment un quotidien, avec des titres emblématiques tels que “Nouvelles d’Arménie” ou “France Arménie”. Pour resserrer encore les liens, la communauté locale a lancé une newsletter mensuelle, l’Amen Hall (“tous les jours”), permettant de relayer les actualités, les portraits de membres et de maintenir un lien constant. Cette newsletter, diffusée via le site Facebook de l’Église apostolique, symbolise la volonté de s’inscrire dans la modernité tout en restant arrimée à l’autorité spirituelle du prêtre. La conclusion remercie les participants, mettant en lumière l’engagement collectif et la communauté soudée autour de ses valeurs et défis contemporains, prêts à poursuivre la transmission et la défense de leur mémoire et de leur identité.
L’intégralité de l’entretien est ICI





