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Saint-Étienne 2026 : une alternance politique sous tension dans une ville en recomposition…

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Le billet d’Eric Moulin Zinutti

Photo Jérôme Sagnard

Les élections municipales de 2026 à Saint-Étienne marquent un tournant majeur dans l’histoire politique locale. Pour la première fois depuis plusieurs années, la droite perd la municipalité, au profit d’une union de la gauche conduite par Régis Juanico. Mais derrière cette alternance apparente se dessine une réalité plus complexe : celle d’un paysage politique fragmenté, traversé par une montée significative de l’extrême droite et révélateur de transformations sociologiques profondes.


Au second tour du scrutin, le 22 mars 2026, Régis Juanico s’impose avec 44,13 % des suffrages exprimés. Il devance Corentin Jousserand, représentant du Rassemblement national, qui atteint 26,68 %. La droite traditionnelle, incarnée par Dino Cinieri, recueille 18,75 %, tandis que Valentine Mercier obtient 10,44 %. Ce second tour, marqué par une quadrangulaire, se déroule dans un contexte de participation limitée : à peine 50,6 % des inscrits se déplacent, ce qui signifie qu’un électeur sur deux s’abstient.

Le premier tour, organisé une semaine plus tôt, annonçait déjà cette recomposition.
La liste de gauche arrivait en tête avec 29,16 %, suivie du Rassemblement national à 18,97 %, de la droite à 16,30 % et de La France insoumise à 13,29 %. Ces résultats témoignaient déjà d’un éclatement du paysage politique local, où aucune force ne semblait en mesure de s’imposer seule.


La composition du conseil municipal confirme cette fragmentation. Sur les 59 sièges à pourvoir, la liste victorieuse obtient, conformément au mode de scrutin, une prime majoritaire de 30 sièges. Les autres sièges sont répartis à la proportionnelle : le Rassemblement national obtient 8 élus, la droite 5 sièges, et La France insoumise 3 sièges. Cette configuration installe une majorité de gauche, mais dans un environnement politique structuré par plusieurs pôles d’opposition, dont le RN constitue désormais le principal.

La lecture de ces résultats ne peut se limiter à une simple alternance. Certes, la gauche reprend la ville, mettant fin à une séquence dominée par la droite depuis plusieurs mandats. Mais cette victoire est relative : elle repose sur moins de la moitié des suffrages exprimés et intervient dans un contexte de forte abstention. Surtout, elle s’accompagne d’une progression spectaculaire de l’extrême droite, qui s’impose comme la deuxième force politique locale.

En six ans, le Rassemblement national a plus que doublé son score, passant d’un niveau marginal à une position centrale dans le jeu politique municipal.


Cette évolution électorale s’inscrit dans les transformations sociologiques profondes que connaît Saint-Étienne. Ancienne grande ville industrielle, longtemps structurée par les mines, la métallurgie et une forte culture ouvrière, elle a été durement frappée par la désindustrialisation. La disparition progressive des emplois industriels a entraîné une montée du chômage, une précarisation des trajectoires professionnelles et un affaiblissement des solidarités collectives. La classe ouvrière, autrefois organisée et politisée, s’est fragmentée, laissant place à des situations sociales plus instables et à un rapport plus distancié au politique.

Aujourd’hui, la ville présente des indicateurs sociaux préoccupants : un taux de pauvreté élevé, des quartiers en difficulté et une attractivité résidentielle limitée.
Dans ce contexte, deux phénomènes coexistent. D’un côté, une abstention importante, notamment dans les milieux populaires, qui traduit une forme de désengagement politique. De l’autre, une progression du vote protestataire, dont le Rassemblement national capte une part croissante. Ce vote ne traduit pas nécessairement une adhésion idéologique forte, mais plutôt l’expression d’un malaise social, d’un sentiment de déclassement et d’une défiance envers les institutions.

Le contexte national a également joué un rôle dans cette recomposition. Les émeutes survenues en 2023 à la suite de la mort de Nahel Merzouk, lors des émeutes urbaines de 2023 en France, ont profondément marqué l’opinion publique.
Même si Saint-Étienne n’a pas été au cœur de ces événements, leur médiatisation a contribué à renforcer les préoccupations liées à la sécurité et à l’ordre public. Dans un contexte de fragilité sociale, ces thèmes trouvent un écho particulier et favorisent les discours politiques axés sur l’autorité et la protection.

Cependant, il serait réducteur d’interpréter les résultats de 2026 comme un basculement massif vers l’extrême droite. La réalité est plus nuancée. La gauche conserve une capacité de mobilisation suffisante pour remporter la mairie, et le paysage politique reste éclaté. L’abstention élevée rappelle également que de nombreux habitants ne se reconnaissent pas dans l’offre politique existante.


Ainsi, les élections municipales de 2026 à Saint-Étienne apparaissent comme le reflet d’une ville en transition. Entre héritage industriel, fragilités sociales et recompositions politiques, elles révèlent un équilibre instable, où coexistent alternance démocratique et montée des radicalités. Plus qu’un simple changement de majorité, ce scrutin met en lumière les tensions profondes qui traversent aujourd’hui de nombreuses villes françaises.


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Eric Moulin Zinutti
Eric Moulin Zinutti
Professeur de lycée, généalogiste professionnel et historien régional. Membre du Cercle généalogique de la Loire.

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1 COMMENTAIRE

  1. Cet article est tout à fait incomplet pour relater l’élection municipale à Sainté. À aucun moment il n’est fait allusion à l’affaire de la sextape qui a entaché durablement la confiance des électeurs avec son maire et son équipe municipale. Ceci explique certainement l’abstention et le vote contestataire. La méthode Perdriau était violente et mensongère (je suis innocent je le prouverai). En 2022 lors des élections présidentielles, Mélenchon est arrivé en tête avec des scores avoisinants les 65% dans les quartiers populaires et l’abstention était en baisse remarquablement.
    Enfin, Perdriau a « punit » ces gens en supprimant des subventions et annulant l’adhésion de la ville à l’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée.

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