Christian Chassagne nous présente les ligériens célèbres, extrait de son dictionnaire des personnalités marquante de la Loire. Voici un nouvel épisode…
Né le 9 avril 1865 à Tarbes, Émile Reymond s’inscrit dans une lignée engagée dans la vie publique. Fils de Francisque Reymond, député puis sénateur de la Loire et proche de Waldeck-Rousseau, il suit un parcours académique d’excellence, entre le lycée de Versailles et les prestigieux lycées Condorcet et Henri-IV à Paris.
D’abord attiré par les mathématiques et doté d’un réel talent pour la sculpture, il s’oriente finalement vers la médecine. Inscrit à la Faculté de médecine de Paris, il devient interne des hôpitaux en 1891, puis docteur en 1895. Chef de clinique, il acquiert rapidement une solide réputation dans le milieu médical.
Son engagement ne se limite pas à la médecine. En 1903, le canton de Boën l’envoie siéger au conseil d’arrondissement de Montbrison, dont il prend la présidence en 1905. Il s’y distingue par des prises de position éclairées sur des sujets majeurs : réforme des études médicales, instauration du repos hebdomadaire dans les établissements de soins, adaptation du service militaire pour les étudiants et médecins, ou encore création d’écoles adaptées pour les enfants en difficulté.
Parallèlement, Émile Reymond se passionne pour un domaine alors en pleine émergence : l’aviation. Convaincu très tôt de son importance stratégique pour la défense nationale, il obtient son brevet de pilote le 29 août 1910. Il multiplie les vols à travers la France et jusqu’au Sahara. En 1912, il marque les esprits en menant sa campagne électorale en avion, une initiative inédite à l’époque. En 1914, il intègre le Conseil supérieur de l’aérostation militaire et œuvre activement à la structuration de l’aéronautique au sein du ministère de la Guerre, malgré les réticences d’une partie de l’armée.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est mobilisé comme médecin-major de 1re classe. Refusant de rester en retrait, il insiste pour rejoindre une unité d’aviation au front, où il sert comme observateur.
Le 21 octobre 1914, son avion est touché en mission. Gravement blessé aux reins et aux intestins, il parvient néanmoins à poser l’appareil. Après quatre heures passées à défendre sa position, il réussit à regagner les lignes françaises en rampant. Transporté à l’hôpital, il livre un témoignage précis des événements avant de succomber à ses blessures le 22 octobre 1914.
À titre posthume, il reçoit la Croix de la Légion d’honneur. Aujourd’hui encore, un buste à son effigie est visible dans la galerie du Sénat, rappelant le parcours exceptionnel de cet homme à la croisée de la médecine, de la politique et de l’aviation.
Source : Dictionnaire des parlementaires français, Jean Jolly

