Le Prince charmant à la barre
Le lundi 5 octobre 2026, le tribunal judiciaire de Saint-Étienne a ouvert ses portes pour la Nuit du Droit. Ce soir-là, le prévenu était un personnage que tout le monde connaît depuis l’enfance : le Prince charmant.
Un rendez-vous national
La Nuit du Droit a été créée en 2017 à l’initiative de Laurent Fabius, alors président du Conseil constitutionnel. Elle se tient chaque année autour du 4 octobre, date anniversaire de la Constitution de 1958. Son ambition est de rapprocher le droit des citoyens, en leur faisant rencontrer ceux qui le font, l’enseignent et l’appliquent. Le droit organise chaque moment de notre vie commune : il protège les libertés et règle pacifiquement les conflits. Il reste pourtant mal connu du grand public, et la Nuit du Droit veut combler cet écart.
Une soirée en deux temps
À Saint-Étienne, la faculté de droit de l’Université Jean-Monnet, le tribunal judiciaire, le barreau et le Conseil départemental de l’accès au droit de la Loire se sont associés. Ils ont monté une création originale qui mêle plaidoirie, musique et danse. Le spectacle a été joué quatre fois dans la soirée, à 17 h, 18 h 15, 19 h 30 et 20 h 45, et l’entrée était gratuite.
La soirée s’ouvrait dans la salle des pas perdus du palais de justice. Des avocats, dont l’ancien bâtonnier François Paquet Cauet, y lisaient de grands textes sur les droits des femmes, comme la plaidoirie de Gisèle Halimi et le discours de Simone Veil devant l’Assemblée nationale. Le violon, la contrebasse et le piano accompagnaient les lectures, puis des danseurs traversaient le public.
Le procès du Prince charmant
Le public gagnait ensuite la grande salle des Assises pour une audience au titre intrigant : « Le prince charmant était-il vraiment innocent ? Quand les contes de fées rencontrent la justice ».
Le point de départ est connu. Victime d’un sortilège, une princesse dort depuis cent ans. Un prince la découvre et l’embrasse. Le baiser n’existe pourtant pas chez Perrault : il apparaît dans la version des frères Grimm. Et le droit pose la question que le conte ignore : la princesse avait-elle consenti ?
Devant la présidente, l’avocat de la princesse Aurore s’est appuyé sur la loi du 6 novembre 2025 : endormie par le sortilège de la fée maléfique, sa cliente ne pouvait pas consentir. Trois témoins ont été entendus : la bonne fée Flora, la fée maléfique, et le Roi, père de la victime. Ce dernier a pris la défense du prince Philippe, en pensant surtout à l’union des deux royaumes. Le ministère public a requis dix-huit mois de prison, 3 000 euros d’amende et un stage de sensibilisation.
Le public a ensuite été invité à voter. Les avis étaient partagés, et « coupable » l’a emporté de peu. Le prince Philippe a été reconnu coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis, 1 000 euros d’amende et un stage de sensibilisation à la notion de consentement.
Le consentement, une question d’actualité
Sous ses airs de fable, la soirée abordait un sujet très actuel. La loi du 6 novembre 2025 a inscrit l’absence de consentement dans la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. Le consentement doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable, et il ne peut se déduire du seul silence ou de la seule absence de réaction. La personne endormie est le cas d’école de l’absence de consentement, ce qui faisait du conte un excellent support pour expliquer la règle.
En jugeant un héros de notre enfance, la soirée a montré que le droit n’est pas réservé aux spécialistes. Il éclaire nos récits et notre regard sur des comportements que l’on croyait anodins. Le public est reparti avec une idée claire : aucun charme, aussi princier soit-il, ne dispense de demander la permission.
Remerciements
Cette réussite revient à tous ceux qui l’ont rendue possible. Merci au tribunal judiciaire de Saint-Étienne, au barreau de Saint-Étienne, au Conseil départemental de l’accès au droit de la Loire et à la faculté de droit de l’Université Jean-Monnet. Merci aussi aux magistrats, avocats, étudiants, musiciens et danseurs, qui ont fait sortir le droit des livres le temps d’une nuit.


