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Mobilisations de plusieurs collèges et écoles de Saint-Étienne pour leur classement en REP\REP+

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Dans le contexte des mobilisations de plusieurs collèges et écoles de Saint-Étienne pour leur classement en REP\REP+, Mme Taurinya vient de déposer une question écrite à l’attention du Ministre de l’Éducation nationale pour l’interpeller sur ce sujet.

Le mouvement de démocratisation de l’enseignement, marqué notamment par la prolongation de la scolarité obligatoire à 16 ans en 1959 puis par la création du collège unique en 1977, a conduit les pouvoirs publics à s’interroger sur les causes de l’échec scolaire. Les travaux sociologiques menés à cette époque ont mis en évidence le rôle déterminant de l’origine sociale et de l’environnement familial dans les parcours éducatifs. Ce constat a conduit, en 1981, à la création des « zones prioritaires » (ZP), devenues ensuite « zones d’éducation prioritaires » (ZEP), puis remplacées par les « réseaux d’éducation prioritaire » (REP) lors de la relance de cette politique en 1997.

À l’époque, le ministre de l’Éducation nationale Alain Savary résumait ainsi l’ambition de cette réforme : « La démocratisation du système éducatif et la lutte contre les inégalités sociales doivent se concrétiser par davantage de moyens et surtout par une plus grande attention pour ceux qui en ont le plus besoin. » (1)

Plus de quarante ans après, les inégalités sociales dénoncées lors de la création des ZP n’ont pas disparu ; elles se sont au contraire aggravées. Le dispositif prévoyait pourtant une révision de la carte de l’éducation prioritaire tous les quatre ans afin de s’adapter à l’évolution des territoires. Or, en 2019, le ministre Jean-Michel Blanquer a reporté cette révision à 2021. Sa successeure, Nicole Belloubet, a prolongé ce gel jusqu’en 2025. Aujourd’hui, le gouvernement choisit une nouvelle fois de repousser cette révision, alors même que la précarité n’a cessé de progresser depuis 2014.

Ce report répété fragilise de nombreux établissements scolaires. Les moyens accordés aux établissements déjà classés en éducation prioritaire devraient être réévalués à la hausse au regard de l’aggravation des inégalités sociales. Mais surtout, la révision de la carte apparaît urgente pour de nombreux collèges et écoles désormais confrontés à une extension massive de la pauvreté.

À Saint-Étienne, la situation illustre cette dégradation. En dix ans, la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 14 % à 28 %. Les indices de position sociale (IPS) confirment cette réalité. Alors que la moyenne nationale des collèges REP s’établit à 86, plusieurs établissements ligériens affichent des scores bien inférieurs : le collège Les Bruneaux (IPS 78,1), Waldeck-Rousseau (81,7) et Honoré-d’Urfé (82,2). Le collège Ennemond-Richard, qui ne figure pourtant pas parmi les vingt-et-un établissements identifiés par le ministère comme étant dans une « situation aberrante », présente lui aussi un IPS très faible de 85.

Les écoles rattachées à ces collèges sont également touchées. Dans le quartier de Monthieu, par exemple, l’IPS de l’école atteint seulement 78,7, un niveau parmi les 6 % les plus faibles du département, de l’académie et du territoire national. Cette situation alimente une forte mobilisation des personnels éducatifs et des familles.

La précarité croissante pèse directement sur les conditions d’apprentissage. Les effectifs par classe augmentent, le climat scolaire se tend et le nombre de surveillants devient insuffisant. Les difficultés d’accompagnement des élèves en situation de handicap se multiplient également. Depuis la dernière révision de la carte de l’éducation prioritaire, il y a douze ans, ce phénomène s’est amplifié au point d’atteindre aujourd’hui un niveau critique.

Les personnels dénoncent par ailleurs une profonde injustice : bien qu’ils exercent dans des conditions comparables à celles des établissements REP ou REP+, ils ne bénéficient ni des moyens supplémentaires ni des primes accordées à leurs collègues de l’éducation prioritaire. Les parents d’élèves expriment eux aussi leur inquiétude et soutiennent les mobilisations réclamant un « dégel de la carte ».

Au-delà des établissements concernés, des répercussions sont également redoutées dans des quartiers jusque-là préservés grâce au travail des centres sociaux, eux-mêmes fragilisés par les restrictions budgétaires.

Face à cette situation jugée urgente, notamment au collège Honoré-d’Urfé mais aussi dans l’ensemble des établissements concernés, Mme la députée demande au ministre de mettre fin à cette « situation aberrante » et d’intégrer ces établissements au dispositif d’éducation prioritaire dès la rentrée de septembre 2026.

(1) Extrait du discours d’Alain Savary du 13 juillet 1983.

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