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La gouvernance locale en mutation : Retour d’expérience de Michel Thiollière ancien maire de Saint-Étienne

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Entretien avec Michel Thiollière, ancien maire de Saint-Étienne, sur Radio GAGA 42 dans le cadre des entretiens de Pat. Françon. L’analyse les grands enjeux actuels de la politique municipale française à travers l’exemple de Saint-Étienne. Le dialogue aborde la montée de l’abstention, le désintérêt croissant pour la vie publique locale, la fragmentation et l’évolution institutionnelle des collectivités territoriales, ainsi que le rapport entre initiatives locales et enjeux nationaux. C’est une réflexion nuancée sur la politique des jumelages internationaux à l’aune des tensions géopolitiques, tout en soulignant l’importance du dialogue et du transfert d’expérience entre générations politiques.

Portrait de Michel Thiollière et contexte des élections municipales

Michel Thiollière est présenté comme ancien maire de Saint-Étienne, ex-sénateur et auteur, dernièrement d’un ouvrage sur sa ville et la fonction de maire. Le dialogue s’ouvre sur le contexte des élections municipales de mars, où il exprime sa préoccupation face à un taux d’abstention particulièrement élevé. À Saint-Étienne, un électeur sur deux seulement s’est déplacé au premier tour, une situation déjà observée lors de sa dernière élection en 2008. Il souligne combien il est regrettable que la population se désintéresse de la vie locale, à l’heure où tant de décisions cruciales pour le quotidien sont prises au niveau municipal. Michel Thiollière met ce phénomène en perspective mondiale : alors que certains rêvent de démocratie, les citoyens français semblent se détourner du vote. Il pointe aussi le manque de motivation lorsqu’une seule liste est présente, citant l’exemple de communes comme du Chambon Feugerolles et de l’Étrat, ce qui traduit une démobilisation croissante pour la gestion des affaires locales.

Diminution de l’engagement civique et la singularité des structures communales françaises

Michel Thiollière analyse l’essoufflement de l’engagement pour la gestion des communes. Il attribue ce désintérêt à la priorité accordée par beaucoup à leur vie professionnelle ou familiale, plus qu’à un rejet de la politique. Il insiste, en s’adressant aux jeunes, sur la dimension passionnante et exigeante du mandat local, invitant à l’engagement dans la vie communale. Il aborde ensuite la question de la multiplicité des communes en France : avec 35 000 entités, la France en compte autant que le reste de l’Europe réunie, héritage de son histoire et de l’attachement à l’identité locale. Ce morcellement pose question à l’heure où les compétences se transfèrent vers les intercommunalités et métropoles ; dans les petites communes, le maire se concentre alors sur la gestion quotidienne. Il prédit une évolution vers des maires délégués dans les plus petites villes et une collaboration renforcée au sein des agglomérations, tandis que l’État privilégie une politique d’incitation financière plutôt que d’imposition de regroupements, comme avec les “communes nouvelles”.

Les enjeux locaux : second tour restreint, crise des vocations et violences contre les élus

Dans le département, seuls huit communes ont accédé au second tour, reflet du déclin du pluralisme. À Saint-Étienne, il est traditionnel d’avoir plusieurs listes, tandis qu’ailleurs, la constitution de listes devient difficile faute de volontaires. Ce désintérêt est aggravé par la montée de la violence : des agressions verbales, parfois physiques (comme celle du maire de Saint-Romain-les-Atheux) et les dérives sur les réseaux sociaux contribuent à décourager l’engagement public. Michel Thiollière exprime une vive inquiétude pour la démocratie locale, soulignant que ces événements contribuent à éloigner les citoyens bien intentionnés des responsabilités publiques.

Stratégies politiques et recomposition du paysage stéphanois

Michel Thiollière évoque son rôle de soutien à la liste menée par Dino Cineri, avec laquelle il partageait des liens politiques et personnels. Il revient sur le contexte des élections : la droite, historiquement divisée depuis l’après-Perdriau, a vu ses chances amoindries face à une gauche majoritaire et un centre morcelé. Il souligne cependant l’émergence nouvelle du Rassemblement national, qui a su présenter un candidat cohérent, modéré et mieux implanté, illustrant un ancrage territorial accru et une stratégie préparant aussi les élections législatives à venir. Il formule l’espoir d’une union de la droite et du centre pour proposer une alternative crédible et éviter la prééminence du RN au second tour de la présidentielle, suivie d’une possible dissolution de l’Assemblée et de législatives anticipées.

Rééquilibrer le débat municipal et innovations institutionnelles

Michel Thiollière observe que les débuts de Régis Juanico, nouveau maire de Saint-Étienne, sont marqués par la recherche d’une gouvernance apaisée : réduction symbolique de l’indemnité du maire, respect accru de l’opposition et invitations solennelles aux anciens édiles. Ce geste d’ouverture, rare depuis 16 ans, marque sa volonté de pacifier la vie politique municipale et de placer l’intérêt général au-dessus des clivages. Sur le plan intercommunal, le lancement d’une conférence des maires reflète une dynamique de consensus et d’innovation, conforme à l’esprit qui avait prévalu lors de la création de Saint-Étienne Métropole à la fin des années 1990. Les élus cherchent ainsi à transcender les appartenances partisanes pour piloter ensemble de grands projets, à l’échelle métropolitaine, comme ce fut le cas autrefois pour le Zénith ou la Cité du Design.

Métropolisation, évolution des compétences et tensions budgétaires

L’entretien approfondit le thème de la fusion et de la coopération entre collectivités : Lyon a fusionné métropole et département sur son territoire urbain, ne laissant le département que pour les zones rurales. Dans la Loire également, des compétences comme la voirie ou les transports scolaires basculent vers Saint-Étienne Métropole. Sur le plan budgétaire, le poids croissant des dépenses sociales (jusqu’à 70% du budget dans certains départements comme la Gironde) limite la capacité d’investissement, contribuant à une spécialisation : le département gère majoritairement l’action sociale tandis que la métropole s’oriente vers le développement territorial et économique. Thelier constate que le grand public perçoit souvent le département davantage comme une administration imposée par l’État que comme une collectivité ancrée.

Jumelages internationaux, distinctions institutionnelles et message de fraternité

La rencontre se conclut par une réflexion sur les jumelages de Saint-Étienne : la coopération avec des villes étrangères relève selon Michel Thiollière d’une logique d’échanges entre populations, indépendamment des choix des gouvernements respectifs. Il prend l’exemple du partenariat controversé avec une ville israélienne, rappelant la nécessité de dissocier l’identité municipale de celle de l’État, d’autant que ces villes sont souvent marquées par la coexistence de minorités (juifs, arabes, chrétiens). Fort de son expérience personnelle dans la région (missions en Palestine, Jordanie, Liban), il regrette qu’un éventuel renoncement puisse être vécu par les habitants comme un abandon. Il cite l’exemple du jumelage avec Katowice en Pologne, jadis perçu comme un signe d’espoir au moment de la chute du communisme, et plaide, à l’appui de l’avis de ses successeurs, pour la prudence et la préservation du lien humain face aux soubresauts géopolitiques. L’émission s’achève sur cet appel à la fraternité et à la réflexion avant toute rupture symbolique.

Patrick Françon
Patrick Françon
Journaliste indépendant

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