Retour sur le parcours de Stéphane Rovera, pour Radio GAGA 42, journaliste devenu dirigeant d’entreprise, qui raconte l’acquisition et le développement de la Maison Boyer, fabricant historique de bretelles et ceintures à Saint-Étienne. Le dialogue dévoile comment une solide expérience en presse et communication s’est révélée déterminante lors de la reprise d’une PME patrimoniale, permettant à la fois de valoriser son image et d’ouvrir de nouveaux horizons à travers la digitalisation, l’ultra-personnalisation et les engagements RSE. L’échange insiste sur l’importance de la transmission, du travail de fond sur l’organisation, la diversification des canaux de vente, et la capacité à naviguer dans un contexte économique tendu tout en s’inscrivant dans une dynamique de responsabilité sociale et environnementale, donnant à ce cas une résonance exemplaire pour toute entreprise en phase de mutation.
D’un passé de journaliste à l’aventure entrepreneuriale : genèse d’un nouveau métier
L’entretien débute par le rappel du parcours professionnel de Stéphane, marqué par une carrière dans le journalisme radio et télévision, notamment à Paris sur une antenne nationale dès 1996. Il a ensuite occupé des fonctions de communicant au sein d’institutions scolaires et de collectivités, avant de s’associer avec son confrère Cédric Ganger pour se lancer dans l’entrepreneuriat. En 2020, juste avant la pandémie de Covid, les deux hommes, conscients des mutations à venir dans la communication (montée en puissance du podcast, anticipation sur l’évolution du métier à l’américaine), ont choisi de capitaliser sur leurs 16 ans de collaboration. Ils optent alors pour la reprise d’une entreprise existante — considérée moins risquée et souvent plus adaptée que la création ex nihilo — et sont accompagnés dans cette transition par Réseau Entreprendre Loire. Boyer, société de fabrication de bretelles et ceintures établie de longue date à Saint-Étienne, s’impose à eux par son originalité et son potentiel de marché, 90% de la population portant des ceintures et la bretelle relevant d’un marché de niche travaillé en profondeur.

De l’artisanat familial à la PME durable : histoire et transmissions de la Maison Boyer
Fondée en 1946 à Saint-Étienne par Gérard Boyer, le jeune homme est un ancien du service militaire doté d’une connaissance exhaustive des fournisseurs nationaux, l’entreprise naît littéralement dans un salon d’habitation, avant de s’étendre à un atelier avec jusqu’à 20 employés. Boyer se spécialise très vite dans la production de bretelles et ceintures, tirant parti des besoins de l’époque (notamment la jarretière après-guerre) et d’un excellent réseau en mercerie. Après la retraite de Gérard Boyer, la société est reprise par le fils d’un fournisseur de transport, Patrice Duson, qui la dirige pendant trente ans. Cette continuité dans la transmission explique la solidité de l’entreprise, caractérisée par une gestion sur le temps long, loin des écueils d’une croissance précipitée. L’absence de mécanisation extrême dans la fabrication, la dimension « ouvrageuse » du métier, et le maintien d’un savoir-faire humain sont mis en avant comme atouts distinctifs. En 2023, la société, désormais installée à Villard, compte 11 salariés et continue de privilégier la qualité artisanale.
Modernisation, communication et ultra-personnalisation pour les 80 ans de Boyer
La vitalité et la santé financière de l’entreprise se voient renforcées par l’apport de compétences en communication, jugé décisif par les prédécesseurs des nouveaux dirigeants. Après avoir repensé le site internet, Boyer lance pour ses 80 ans une offre d’ultra-personnalisation avec un configurateur permettant de composer jusqu’à 9000 modèles différents de bretelles — personnalisation des tissus, gravure du nom sur les rétrécisseurs, choix de pattes ou d’attaches en cuir. Cet outil, inauguré début avril, positionne la PME à la pointe de l’expérience client sur le marché de la bretelle. La couverture médiatique, y compris dans la presse nationale, s’intensifie grâce au réseau de Stéphane, tout comme le développement des réseaux sociaux, soutenu par Julia, apprentie embauchée en CDI dès la fin de son master. L’entreprise bénéficie d’un effet boule de neige médiatique, ses anciens collègues journalistes publiant spontanément des articles, amplifiant la visibilité de Boyer lors d’événements innovants et de salons prestigieux.
Innovations, salons, gestion d’équipe et atelier : une PME ancrée localement et tournée vers l’avenir
La discussion se poursuit autour de la participation de Boyer au Salon du Made in France et aux événements de l’Élysée, symboles de reconnaissance du savoir-faire local porté à l’échelle nationale. Côté organisation, la mutation du modèle managérial de la presse à celui d’une PME implique la gestion directe d’une équipe de 11 personnes. L’atelier, situé à Villard avec une boutique attenante, fonctionne selon un modèle de production à la demande : chaque commande passée en ligne est traitée en 10 minutes par une couturière, sans stock préétabli, pour répondre au principe de personnalisation totale. L’arrivée d’un apprenti, premier garçon à l’atelier en BTS mode, ainsi que la présence de collaborateurs polyvalents comme Sophie, diplômée en assistantat de direction après une reconversion interne, témoignent d’une dynamique de transmission des savoirs et d’intégration des nouveaux talents.
Multicanalité et diversification : du prêt-à-porter à l’équipement professionnel et culturel
Stéphane détaille la stratégie commerciale multicanale de l’entreprise : vente directe via boutique et internet, mais aussi réseau national de merceries, chapelleries et magasins de prêt-à-porter, permettant une diffusion partout en France. Boyer cible également le segment du vêtement professionnel (hôtellerie, restauration, palaces parisiens, compagnies de transport, SDIS), fournissant bretelles et ceintures personnalisées — éléments d’uniformes ou cadeaux d’affaires. Parallèlement, la PME s’implique dans les secteurs du spectacle (opéras, théâtres, chorales) et accompagne des entreprises dans de l’accessoire d’image durant des campagnes de communication prolongées, renforçant ainsi ses débouchés bien au-delà du marché particulier.
Résilience économique, RSE et perspectives : cap sur la durabilité et le futur
En conclusion, l’entretien aborde la gestion des chocs inflationnistes récents (hausse du coût du transport, des matières premières comme les pinces de bretelles ou les boucles de ceinture) et la responsabilité sociale et environnementale, à laquelle Boyer s’est engagée précocement. Avec un accompagnement de la Fondation AGIR contre l’exclusion puis d’un cabinet spécialisé, la PME obtient la notation Silver Ecovadis (top 15 % du secteur), traduisant ses efforts concrets en matière de durabilité — notamment avec un bilan carbone en cours pour déterminer l’empreinte d’une paire de bretelles. Stéphane confirme l’attention des clients sur ces sujets et l’intégration de l’entreprise à la dynamique locale de la fondation FACE. Enfin, sont évoquées les périodes commerciales clefs comme la fête des pères ou Noël, ainsi que la diversification vers les marchés de la chasse, de la pêche et des sports d’hiver, chaque segment étant travaillé comme une opportunité cadeau originale. La conclusion rappelle le site internet de la PME, gerardboyer.fr, qui incarne ce pont réussi entre tradition d’excellence et adaptation continue à son époque.

