À travers cet entretien approfondi pour Radio GAGA 42, le maire de Roche la Molière, également vice-président récemment réélu à la métropole, expose sa vision de la gouvernance actuelle des collectivités locales. L’entretien s’articule autour de la progression électorale sur trois mandats et de la construction d’une image dynamique pour la commune, l’importance de l’intercommunalité et des enjeux métropolitains, la nécessité de fédérer les élus de diverses sensibilités autour de l’intérêt général, le poids des stratégies économiques territoriales, ainsi que le rôle crucial de la culture dans l’attractivité métropolitaine. S’y ajoutent une analyse lucide de l’abstention contemporaine liée à la défiance envers le politique, les difficultés à concilier opposition et bienveillance au plan local, et une réflexion sur la fonction d’élu en France. Ce dialogue, précis dans ses constats et réaliste dans ses projets, éclaire à la fois les leviers et les complexités du développement local à l’heure des mutations institutionnelles et sociétales.
Un parcours de maire renouvelé et une progression électorale constante
Pour son troisième mandat consécutif, Eric Berlivet a vu non seulement sa légitimité se renforcer, mais aussi le nombre de ses électeurs croître à chaque échéance, contrairement à la tendance observée dans d’autres communes nigériennes. Malgré la concurrence, la liste dirigée par le maire est parvenue à s’imposer dès le premier tour lors des dernières municipales du 15 et 22 mars, là où il n’y avait que trois listes candidate. Il souligne que lors du précédent scrutin perturbé par le Covid, cinq listes étaient en lice, mais la participation avait également été très honorable. Après cette victoire électorale, s’ouvre désormais un nouveau cycle de sept années de travail, empreint d’expérience et d’une volonté affirmée d’éviter la dispersion et d’aller à l’essentiel dans l’action politique locale.
Refondation de l’image communale et axes du troisième mandat
Le maire revient sur le virage opéré dans l’image de la commune, qui s’est transformée d’un village au passé replié sur lui-même à un territoire symbolisant dynamisme et innovation. Il explique que son équipe s’est renouvelée et enrichie dans ce troisième mandat, et que l’expérience acquise évite de s’attarder sur des détails secondaires. Le mandat de 2014 à 2020 fut marqué par le règlement de lourds héritages liés à l’endettement et à la transformation de l’image municipale. Celui de 2020 à 2026 s’est focalisé sur la réalisation de grands projets et le lancement de nouveaux chantiers qui façonnent la commune moderne d’aujourd’hui. Cette feuille de route ambitieuse justifie la motivation à entreprendre un troisième mandat, la dynamique enclenchée n’étant pas achevée.
Intercommunalité : enjeux de représentativité, gouvernance et intérêt général
L’entretien aborde la montée en puissance de l’intercommunalité et l’importance pour une commune de 10 000 habitants d’y être représentée, notamment au sein d’une métropole regroupant 53 communes. Selon le maire, la réussite de la métropole ne tient pas tant à sa constitution ou à ses statuts qu’à l’attitude de ses responsables : il faut que les élus agissent collectivement, au service des 53 territoires, et non au bénéfice exclusif de leur commune. Il constate une évolution chez les maires vers plus d’intérêt général, même si ce n’est pas encore universel. Cette diversité politique contribue à enrichir le dialogue métropolitain, permettant de converger vers des projets communs et des actions partagées qui servent l’ensemble des habitants.
Rôle de la commune centre, impact des mutations locales, et enjeux d’attractivité
La discussion se tourne vers la nécessité que la commune centre, en l’espèce Saint-Étienne, demeure forte et attractive pour irriguer tout le territoire métropolitain. Le maire évoque différentes crises majeures vécues autrefois, entre autres les difficultés commerçantes liées à des transformations de circulation ou à la concurrence des centres commerciaux périphériques, ce qui a nécessité de repenser la stratégie d’attractivité urbaine. Il insiste sur la situation complexe de nombre de villes de taille comparable, toutes confrontées à des enjeux budgétaires et de renouvellement urbain. Dans ce contexte, la fédération par l’économie devient essentielle, d’autant que la compétence économique est désormais l’apanage de la métropole, element clef pour surmonter les défis contemporains.
Accueil des entreprises et stratégie de développement économique
Eric Berlivet partage des cas concrets, soulignant l’enjeu d’accueillir des entreprises sur le territoire pour dynamiser l’économie locale. Il cite l’exemple de la zone d’activité de sa commune, passée en quelques années d’un état de vacance à une saturation, illustrant la vitalité générée par une politique d’accueil d’entreprises qui payent taxes et salaires, alimentant ainsi la prospérité et l’offre de services publics locaux. Forte de près de 200 entreprises souhaitant s’installer dans la métropole, l’intercommunalité se doit de faciliter, via le PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal), la gestion optimale du foncier pour encourager le développement économique. Selon lui, le développement économique doit primer, seul véritable moteur permettant de financer les services publics grâce à l’emploi généré.
Gouvernance métropolitaine : négociation, collectif et nouvelle organisation des compétences
Le dialogue bifurque vers les modalités ayant amené à la constitution de l’exécutif métropolitain : deux candidats étaient en lice pour la présidence, Sylvie Fayolle et Régis Juanico. Bien que ce dernier appartienne à une autre sensibilité politique, il bénéficie de la confiance du maire du fait de leur longue relation et sa réputation de clarté dans la parole donnée. Les alliances s’établissent au sein d’un collectif centre-droit afin de peser et collaborer avec la majorité municipale de Saint-Étienne, avec transparence et sincérité. Les discussions pré-électorales aboutissent à des accords tenus lors de l’élection et dans la gestion suivante, générant une efficacité accrue dans l’action publique partagée au sein de la métropole.
Prise de compétence culturelle et ambitions événementielles pour le territoire
En tant que vice-président, le maire a choisi la compétence culturelle, désormais détachée du secteur design relevant de l’enseignement supérieur et de l’économie. Il détaille sa feuille de route : gestion et mise en valeur des grands équipements (musée d’art moderne, zénith, parc expo), accompagnement des festivals et réflexion sur l’exploitation culturelle du stade Geoffroy-Guichard hors saisons sportives. Il réaffirme le poids stratégique de la culture pour le rayonnement du territoire auprès de plus de 400 000 habitants, veillant à ce que toutes les communes – petites comme grandes – participent à l’élan culturel et à la fédération métropolitaine à travers des événements d’envergure, reflet d’une volonté affirmée d’équité territoriale.
Abstention, défiance politique et engagement local face à la fragmentation nationale
Le maire partage ses réflexions sur la montée de l’abstention et la désaffection électorale qui affectent la démocratie locale, phénomène selon lui étroitement lié à la défiance suscitée par la politique nationale, jugée trop polarisée et éloignée des réalités du terrain. Il s’insurge contre l’amalgame entre élus locaux, impliqués avec passion dans la gestion quotidienne, et représentants nationaux déconnectés, estimant que ce discrédit général nuit à la fonction municipale. La poussée des votes extrêmes et de la caricature, la perte de confiance, l’absence de “bon sens” dans le débat public sont, selon lui, des tendances préoccupantes, alors que de nombreux élus continuent d’œuvrer avec dévouement à l’intérêt général, invisibilisés par le climat ambiant.
Dialogue avec l’opposition, perspectives d’amélioration personnelle et conclusion
En conclusion, le maire admet sa tendance à être parfois trop direct, source de tensions avec ses opposants, qu’il promet de tempérer dans un esprit d’amélioration continue. Il annonce la volonté de rester transparent, bienveillant et ouvert au dialogue même en présence d’oppositions tenaces, tout en rappelant que la critique peut être constructive pour évoluer. Il est enfin fait mention du site Internet de la commune (ranchelamolière.fr) et de l’ouverture à de nouveaux médias locaux, signalant la détermination partagée de travailler ensemble dans l’intérêt général et d’insuffler une dynamique positive au territoire au travers de la concertation, de la convivialité et de l’action partagée.

