Nouvel entretien sur Radio Gaga 42 pour dévoiler l’histoire, les valeurs, et les coulisses du Festival Paroles et Musiques, incontournable rendez-vous de la chanson francophone à Saint-Étienne, qui fête cette année sa 35e édition. De sa création en 1992 à ses enjeux contemporains, le dialogue explore l’attachement familial, l’évolution musicale, la confrontation avec les nouveaux modes de diffusion, ainsi que l’engagement pour la parité et l’ouverture. En filigrane, la programmation reflète la tension entre fidélité et nouveauté, choix artistiques et contraintes économiques, avec une vision profondément ancrée dans le territoire stéphanois.
Genèse du Festival et Héritage Familial
Simon Javelle revient sur la naissance du Festival Parole et Musique en 1992, fondé par Marc Javelle, son père, alors directeur de la salle Jeanne d’Arc. Cette initiative est née d’un constat : peu de spectateurs assistaient aux concerts de jeunes artistes, comme Juliette, dans des salles parfois désertes. Pour remédier à cela, Marc Javelle sollicita Léo Ferré, fréquent visiteur et référence de la chanson, pour parrainer la première édition, officialisée à travers une brochure qui couvrait quinze jours en avril. Les premières éditions s’étendaient sur plusieurs semaines, avec des concerts disséminés dans différents bars et salles de Saint-Étienne, mais centrées sur la chanson française, dans une version plus “pure et dure”. Simon partage un souvenir personnel : à 15 ans, il assista à la première édition avec sa mère qui était enceinte, anecdote illustrant la dimension familiale du festival.
Il insiste sur la volonté de perpétuer cette tradition tout en valorisant l’expression francophone et le respect du texte, pivot central du festival.
Évolution de la Chanson Française et Influence de la bande FM
Simon analyse ensuite l’évolution du contexte musical, soulignant que le festival a émergé à un moment où la chanson française d’expression était marginalisée dans les médias, ce qui a conduit à l’instauration de quotas radio de 40%. Le terme “nouvelle scène française”, apparu avec des groupes comme Mano Solo, Miossec, Bénabar, Têtes raides dès le milieu des années 90, représente une mutation notable : si le texte demeurait central, la musique devenait plus moderne et les groupes s’adaptaient à de nouveaux codes d’expression. L’arrivée de la bande FM et des radios libres dans les années 80 a profondément influencé la diffusion et la perception de la chanson, par rapport à la génération précédente représentée par Brel, Brassens ou Ferré. Les programmateurs découvraient auparavant les nouveautés via disques reçus en avant-première, alors qu’Internet bouleverse aujourd’hui totalement l’accès et la manière de consommer la musique. L’émergence d’artistes autoproduits comme Houston 13, qui peuvent publier leurs œuvres directement en ligne sans maison de disques, témoigne d’un changement structurel important. Pour Simon, ce n’est pas “mieux avant”, mais simplement différent, nécessitant une adaptation permanente des professionnels du secteur.

Parité, Découvertes et Adaptation de la Programmation
L’entretien bascule vers les enjeux de la programmation, marquée par un choix assumé de défendre la chanson francophone, y compris belge, et d’accueillir des artistes selon les goûts des organisateurs et les attentes du public. Simon évoque le travail de David Rivaton, responsable des découvertes depuis 3-4 ans, permettant au festival de se renouveler et d’évoluer en permanence. Il souligne l’importance de la mixité dans la programmation, avec 50% de groupes féminins en 2026 — objectif poursuivi depuis trois éditions. Si la parité implique parfois des choix difficiles, elle est facilitée par l’essor de nouveaux projets portés par des artistes féminines engagées sur des sujets variés, y compris politiques. Simon regrette toutefois la sous-représentation des femmes parmi les têtes d’affiche et dans les métiers techniques, mais il constate une évolution positive et affirme que la féminisation de l’équipe organisationnelle apporte une dynamique bénéfique. Il estime aussi que le brassage musical dépasse les catégories genrées, sauf dans certains sous-genres comme le rap où les clichés restent présents.
Lieux, Sélection des Artistes et Travail de Programmation
Simon détaille la sélection des lieux et des artistes, révélant les critères de capacité et d’ambiance : petites salles assises pour les découvertes (Solar, Usine, 120 places), salle moyenne (La Comète, 600 places) pour la variété, et lieux plus festifs comme Le Fil (1200 places) ou le Zénith (1500-7000 places modulables) pour les grands concerts. Depuis la période pré-Covid, le festival privilégie les infrastructures existantes pour des raisons écologiques et d’ancrage local. L’événement “Parole de Zinc” vise à animer le centre-ville de Saint-Étienne et à valoriser les artistes du territoire, avec concerts gratuits dans une dizaine de bars. Le processus de programmation est complexe et dépend en grande partie des disponibilités des artistes : leur présence est conditionnée à leur tournée ou à l’actualité de nouveaux albums, avec une volonté de préserver une fidélité aux artistes ayant marqué le festival tout en accueillant des nouveautés musicales. Simon cite explicitement l’exemple de Vincent Dedienne, humoriste devenu chanteur, dont l’album comporte quatorze titres signés par des auteurs tous passés par Paroles et Musiques — un argument décisif pour l’inviter. Terrenoire aussi, groupe local dont le festival accompagne la trajectoire depuis leurs débuts, bénéficie cette année d’une place privilégiée. Il explique la concurrence accrue entre festivals à l’échelle nationale, liée à la mobilité des artistes en “Tourbus” et à la gestion des dates. Les coûts de programmation et techniques ont flambé, compliquant la sélection, notamment dans le rap où les artistes privilégient les concerts extérieurs. L’adaptation reste essentielle afin de garantir une programmation qualitative.
Coup de Cœur, ADN du Festival et Perspective sur les Grosses Têtes d’Affiche
Simon partage ses coups de cœur pour l’édition 2026, affirmant que chaque programmation est motivée par une réelle passion artistique. Il cite les soirées du Zénith, avec Vioia (ancienne découverte), Houston 13 (artiste autoproduit au public fidèle mais sans soutien médiatique), Giorgio, Dina (représentant une structure locale), Terrenoire et Feu! Chatterton, en soulignant l’énergie et la pertinence de la clôture du festival, véritable incarnation de l’ADN de Paroles et Musiques. Il évoque aussi Sam Sauvage, ancienne découverte propulsée cette année en tête d’affiche à La Comète et rappelle le soutien permanent aux groupes locaux. Concernant la présence de grands noms actuels de la chanson française comme Julien Clerc ou Bernard Lavilliers, Simon explique que le festival n’a jamais eu vocation à accueillir les “gros artistes de variété”, sauf opportunité particulière liée à une histoire ou une reconnaissance précoce (ex. Stromae, M). La programmation des grandes tournées dans des Zéniths se décide trop en avance pour la flexibilité du festival, obligeant les organisateurs à se montrer créatifs et à proposer des expériences nouvelles.
Public, Cible et Conclusion sur l’Avenir du Festival
La discussion termine sur la question du public cible, Simon note une moyenne d’âge autour de 35-40 ans, notamment lors des découvertes qui attirent un public relativement âgé. Il maintient un esprit ouvert visant “toutes et tous”, tout en se décrivant lui-même comme parfois dépassé par la nouveauté. Cette ouverture générationnelle, couplée à la fidélité artistiques, concourt à la pérennité du festival, dont la préparation s’effectue de plus en plus longtemps à l’avance, parfois jusqu’à trois ans pour certaines grandes salles. Le festival apparaît ainsi comme une institution enracinée, en perpétuelle mutation, à la fois conservatoire familial et laboratoire d’innovation, engagé dans la défense d’une chanson francophone moderne, inventive et inclusive.
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