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Daniel Martinange : écrivain ligérien, du polar entre faits divers, barbarie et suspense

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Radio Gaga 42

Daniel Martinange revient avec nous pour Radio GAGA 42 sur un parcours d’écrivain commencé à l’adolescence, de la science-fiction aux romans populaires, puis au journalisme et enfin au polar. Il explique comment son expérience de journaliste judiciaire, son observation des faits divers et son intérêt pour la montée de la violence nourrissent ses intrigues et ses personnages. L’auteur présente également Le Mystère Clara Zoty, un thriller centré sur une femme amnésique traquée par deux hommes, tout en détaillant sa méthode d’écriture, son rapport aux lecteurs et ses projets à venir.

Des débuts dans la science-fiction au métier de journaliste

Daniel Martinange raconte avoir été publié pour la première fois à la fin des années 1970, avec des nouvelles de science-fiction parues dans des recueils collectifs, des revues et des magazines. Il avait commencé à écrire dès l’âge de 14 ou 15 ans, d’abord une forme de poésie qu’il désignait ainsi, avant de se tourner vers les nouvelles. Il précise qu’il ne connaissait alors pratiquement rien à la science-fiction : ce sont les éditeurs qui lui ont expliqué que ses textes appartenaient à ce genre.

Après avoir quitté un emploi salarié, il a gagné sa vie comme « porte-plume », c’est-à-dire en écrivant à la place d’auteurs ou pour des maisons d’édition. Il a aussi publié des romans populaires sur lesquels il préfère ne pas s’attarder, non par honte, mais parce qu’il ne souhaite tout simplement pas en parler. Il est ensuite devenu journaliste professionnel, travaillant d’abord pour la presse nationale puis pour la presse quotidienne régionale. Journaliste polyvalent, intéressé par le sport sans être journaliste sportif, il a surtout couvert l’actualité agricole et judiciaire, une expérience qui allait devenir importante pour son travail littéraire.

Du roman général au polar et au thriller

Parallèlement à son activité journalistique, Daniel Martinange a continué à écrire des romans. Il publie notamment L’Ouragan, un roman de littérature blanche qui n’est ni un polar, ni un roman noir, ni de la science-fiction. Paru chez Stéphane Million Éditeur puis réédité en format poche chez Pocket en 2014, ce livre constitue l’une des étapes de son parcours avant son changement d’orientation vers le roman policier.

Son premier ouvrage explicitement présenté comme un polar, C’est moi qui veux, paraît en 2021 aux Editions Lajouanie, une maison spécialisée dans le polar francophone. Il est alors qualifié de polar psychologique. Deux ans plus tard sort Les Malfaisants, décrit comme un polar romanesque. Son troisième polar, publié quelques semaines avant l’entretien sous le titre Le Mystère Clara Zoty, se rapproche davantage du thriller : le récit privilégie le suspense, le doute et la question du suspect plutôt qu’une enquête policière classique fondée sur les péripéties ou les procédures.

Une inspiration puisée dans les villes, les tribunaux et les faits divers

L’auteur explique que son inspiration vient d’abord de son observation du monde réel. Vivant à la campagne, il prête particulièrement attention à ce qu’il entend et voit lorsqu’il se rend à Saint-Étienne, Lyon ou Montbrison. Il écoute les conversations, observe les comportements et se tient informé des faits divers rapportés dans la presse policière et judiciaire. Pour lui, ces événements apparemment extraordinaires ou « abracadabrants » révèlent en réalité des aspects profonds de la société.

Son passé de journaliste lui a également permis d’assister à de nombreuses audiences de tribunaux correctionnels. Il y a rencontré ou observé des personnes aux parcours très éloignés de l’ordinaire, qui peuvent ensuite devenir des sources d’inspiration pour des personnages de fiction. Daniel Martinange s’intéresse notamment à ce qu’il perçoit comme une montée de la barbarie dans la société française depuis une quinzaine d’années, avec une multiplication d’actes gratuits et violents. Il ne se considère pourtant pas comme un auteur pessimiste : il se dit optimiste et pense que l’avenir peut être meilleur, tout en constatant que la France et plus largement l’Europe traversent une période marquée par davantage de violences.

L’entretien aborde aussi l’interprétation psychiatrique de certains actes barbares. Daniel Martinange reconnaît que certains auteurs peuvent souffrir de troubles psychiques, mais estime que d’autres jouent délibérément le rôle du malade mental pour échapper à la responsabilité judiciaire, comme certains simulaient autrefois la folie pour être réformés de l’armée.

Réécriture, ancrage géographique et création d’une équipe d’enquêteurs

Daniel Martinange affirme qu’il réécrit beaucoup ses textes. Il arrive exceptionnellement que la première version soit la bonne, mais ce n’est pas la situation habituelle. En revanche, il ne fait pas lire ses manuscrits à ses proches : lorsqu’un livre est terminé, il le propose directement à une, deux ou trois maisons d’édition, puis attend leur réponse.

Ses trois polars, C’est moi qui veux, Les Malfaisants et Le Mystère Clara Zoty, sont en partie situés dans le Haut-Forez, région où il vit et qu’il connaît bien. Le dernier roman commence dans cette région, avant de se déplacer à Saint-Étienne et en Espagne. Cet ancrage local facilite l’écriture et permet à l’auteur de décrire avec précision les lieux, mais l’histoire est destinée à un lectorat bien plus large.

Le roman s’intéresse notamment au grand banditisme et au trafic de drogue. Il reprend la même équipe d’enquêteurs que les deux ouvrages précédents : un jeune commandant de police judiciaire âgé d’environ 30 ans, son adjoint proche de la retraite, amateur de bière et de cigarettes sans filtre, ainsi qu’un chef décrit comme un dandy et une jeune policière au style vestimentaire marqué. Daniel Martinange veut ainsi former une équipe de personnages aux personnalités très différentes. Pour les construire, il s’est inspiré de policiers rencontrés au cours de sa vie, mais aussi de personnages découverts dans des articles de presse et à la télévision.

Les lecteurs, les interprétations et la diffusion du roman

L’auteur participe régulièrement à des séances de dédicaces et à des salons du livre, notamment à des événements consacrés au polar. Il évoque le salon du roman policier La Cigogne noire, organisé dans le Calvados sur deux journées, où il a rencontré de nombreux amateurs du genre. Il apprécie particulièrement les échanges avec les lecteurs, car leurs réactions peuvent révéler des interprétations très différentes de celles qu’il avait prévues.

Il raconte ainsi qu’une lectrice lui a reproché les propos prétendument machistes d’un policier envers une jeune collègue. Martinange estimait, au contraire, que le personnage plaisantait et que la lectrice n’avait pas perçu son humour. Cette anecdote illustre selon lui le fait que chacun lit un même livre avec sa propre sensibilité. Il cite aussi le cas d’un auteur portugais dont les traductions étaient parfois si éloignées de l’original qu’il ne reconnaissait plus son propre ouvrage dans certaines langues, ce qui souligne le rôle décisif des traducteurs.

Pour Daniel Martinange, le polar et le roman noir ont aussi pour fonction de montrer la société contemporaine. Les faits divers, au-delà de leur aspect spectaculaire, constituent des faits de société : ils mettent en scène des situations extrêmes, mais susceptibles d’arriver à des gens ordinaires. Les trois romans partagent les mêmes enquêteurs principaux et deux personnages secondaires, mais racontent des histoires complètement indépendantes. Le Mystère Clara Zoty est publié par « Eaux Troubles », une maison d’édition suisse située près de Lausanne, mais largement diffusée en France, en librairie comme sur les plateformes, ainsi que dans les pays francophones.

Un nouveau roman et le mystère d’une femme amnésique

Daniel Martinange annonce plusieurs rencontres avec ses lecteurs, dont une séance de signature à la librairie ou maison de la presse Coste de Saint-Flour, dans le Cantal, puis sa participation au salon du roman policier Cha’Polars, à Chaponnay (69), organisé chaque année depuis plusieurs années. Il travaille déjà sur son ouvrage suivant, dont il a écrit environ la moitié. Alors qu’il publiait jusqu’ici un roman tous les deux ans, il souhaite désormais adopter un rythme annuel.

L’auteur explique qu’il n’écrit pas d’abord avec un objectif commercial précis. Sa priorité est de rendre l’histoire et l’intrigue crédibles, tout en créant des personnages capables d’intéresser le lecteur. Il reconnaît qu’il aimerait vendre deux millions d’exemplaires, mais affirme surtout écrire pour être lu par le plus grand nombre. La littérature expérimentale, élitiste ou purement analytique ne correspond pas à sa démarche : il cherche une écriture accessible, tournée vers le plaisir de lecture et la diffusion la plus large possible.

Pour convaincre un lecteur de choisir Le Mystère Clara Zoty, il en résume le point de départ : une femme se réveille au volant d’une voiture qu’elle ne connaît pas, sur une route forestière où elle n’est jamais venue. Elle a perdu toute sa mémoire et doit tenter de découvrir qui elle est, ce qu’elle a fait dans le passé et quelle est sa situation présente. Très vite, elle comprend que deux hommes la surveillent à distance et la prennent en filature. Elle retrouve sa mémoire au milieu du roman, mais son identité véritable, son passé et son rôle actuel ne sont révélés au lecteur que dans les vingt dernières pages. Cette révélation finale, annoncée comme totalement stupéfiante, constitue le principal ressort de suspense du thriller.

L’intégralité de cet entretien est à retrouver ICI

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