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Fabien Lecoeuvre : passion du spectacle, histoires de chansons et coulisses du métier

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Radio Gaga 42

Dans ce nouvel entretien pour Radio GAGA 42, Fabien Lecoeuvre revient sur une carrière consacrée à l’univers du spectacle, à la variété française et aux histoires qui entourent les chansons. Il explique comment son enfance, marquée par de nombreux spectacles vus avec sa famille, a nourri une passion devenue son métier et l’a conduit à publier près de 70 livres. Il décrit également son rôle à la télévision aux côtés de Cyril Hanouna, son travail d’écriture fondé sur la mémoire et la documentation, ainsi que son expertise dans les affaires de plagiat musical. L’échange se termine sur l’importance de la rencontre avec le public et sur l’influence de l’exposition médiatique dans la vente de ses ouvrages.

Une œuvre abondante construite autour du spectacle et de la chanson

Fabien Lecoeuvre explique que sa production littéraire varie selon les années : il peut publier un ou deux livres, mais il lui arrive également de ne rien sortir. Les rééditions occupent une place importante, notamment lorsque des ouvrages ont déjà rencontré le succès ou sont repris par un autre éditeur. Il travaille très tôt le matin et annonce la sortie prochaine de son 70ᵉ livre, prévue en février de l’année suivante. Pour lui, l’écriture n’est pas vécue comme un simple travail, mais comme une passion soutenue par un public fidèle, même si les ventes ont été très variables au début de sa carrière, certains livres n’ayant été tirés qu’à environ 1 200 ou 1 300 exemplaires.

Son domaine de prédilection est l’univers du spectacle plutôt que la seule « variété française » : le spectacle vivant, les personnalités, les personnages et les chansons qui ont marqué différentes générations. Sa spécialité consiste notamment à raconter comment les chansons sont nées. Il est l’auteur d’un dictionnaire régulièrement réédité tous les deux ou trois ans, auquel il ajoute les nouveaux titres et les artistes contemporains, de Clara Luciani et Juliette Armanet à Vianney, Gims et d’autres figures de la scène actuelle.

Une passion née dans les coulisses et prolongée à la télévision

Fabien Lecoeuvre raconte avoir découvert très tôt le spectacle grâce à sa grand-tante et à son grand-oncle, qui l’emmenaient voir de nombreux artistes. Il cite notamment Luis Mariano en 1969, Joséphine Baker en 1975, ainsi que des spectacles de l’Olympia et de Bobino réunissant les Compagnons de la chanson, Georges Brassens, Claude François, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Annie Cordy et de nombreux artistes d’opérette. Ces expériences lui ont permis d’être le témoin direct de plusieurs générations de vedettes et ont progressivement déclenché sa vocation.

Il se souvient surtout de sa fascination pour les portes portant la mention « interdit au public », derrière lesquelles les artistes se préparaient avant de monter sur scène. Les autographes demandés par sa famille lui donnaient aussi l’occasion d’approcher les chanteurs et de les observer de près. Après avoir obtenu ses diplômes, notamment un baccalauréat G3 et un diplôme de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, il s’est finalement tourné vers le spectacle, sa passion ayant pris le dessus.

L’entretien aborde ensuite ses interventions quotidiennes dans l’émission de Cyril Hanouna, entre 20 h 30 et 21 h 20. Il affirme que ses informations sont recherchées et vérifiées, même lorsqu’elles proviennent d’abord de l’étranger et n’arrivent dans la presse française que plusieurs jours ou semaines plus tard. Il donne l’exemple d’un livre consacré à la famille royale britannique, dont il avait parlé avant sa médiatisation en France. Sa relation avec Cyril Hanouna, qu’il connaît depuis près de 24 ans et dont il a été le premier employeur, repose sur une bonne compréhension mutuelle : il sait quand intervenir, quand laisser Hanouna poursuivre son numéro et comment ses anecdotes peuvent servir de point de départ au spectacle. L’émission rassemble près de deux millions de téléspectateurs et fonctionne, selon lui, grâce à la sincérité de leur complicité et de leurs rires.

Écrire dès que l’idée mûrit et dresser des portraits sans juger

Fabien Lecoeuvre explique que ses idées peuvent surgir dans les situations les plus ordinaires. Lorsqu’il se promène dans sa maison de Normandie, travaille dans le parc ou s’occupe de tâches manuelles, il construit souvent mentalement la trame d’un livre sans avoir encore commencé à l’écrire. Il compare cette méthode à celle de Valérie Bénaïm : tous deux ont besoin de faire autre chose pour se vider la tête, tandis que le livre se compose progressivement dans leur esprit. Le déclic arrive ensuite, souvent très tôt le matin, parfois dès 4 ou 5 heures, lorsqu’il s’installe devant son ordinateur.

Il évoque également les débuts de sa carrière, lorsqu’il écrivait sur des feuilles blanches ou avec une machine à écrire, avant de passer à l’ordinateur. Les idées peuvent toutefois apparaître à n’importe quel moment, y compris pendant un film ou au milieu de la nuit ; il garde donc un carnet près de son lit pour les noter immédiatement. Il estime que son métier occupe 98 % de sa vie, ce qui explique son attachement profond à ce qu’il fait.

Lorsqu’il choisit un sujet, l’admiration et une forme d’affection sont indispensables. Il affirme qu’il ne peut pas écrire un livre sur une personne qu’il n’aime pas ou qu’il ne respecte pas, contrairement au journaliste qui peut rédiger un article critique sur quelqu’un qu’il n’apprécie pas. Ses ouvrages ne cherchent pas à juger les artistes : ils proposent plutôt des portraits complets, présentant les aspects connus et moins connus de leur histoire. À propos de Claude François, il reconnaît les traits évoqués par Hervé Villard — exigence, colère ou caractère excessif — mais considère qu’il faut éviter de réduire une personnalité à une étiquette. Une carrière de 17 ou 18 ans comme celle de Claude François témoigne, selon lui, d’un véritable professionnalisme et non de la stupidité.

« Chanson populaire », les adaptations et les mécanismes du plagiat

Interrogé sur la chanson française qui le représente le mieux, il choisit « Chanson populaire » de Claude François, un titre associé à ses souvenirs d’enfance. Il rappelle que la chanson n’a pas immédiatement fonctionné : sortie une première fois en octobre 1973, elle n’était pas entrée dans les hit-parades, avant de devenir numéro un quelques mois plus tard, en janvier 1974. La musique avait été cosignée par Nicolas Skorsky et Jean-Pierre Bourtair, tandis que les paroles avaient ensuite été retravaillées avec Claude François. Le titre n’était d’ailleurs pas destiné à l’origine à Claude François, mais à Ringo ; la rencontre entre Skorsky et Claude François a finalement permis à ce dernier de récupérer la chanson.

Lecoeuvre évoque ensuite Toto Cutugno, qu’il considère comme une figure importante et dont les compositions ont été largement adaptées par des chanteurs français. Il cite notamment Joe Dassin, Dalida, Michel Sardou et Hervé Villard. À une époque où les éditeurs français bloquaient parfois les chansons originales étrangères, les artistes reprenaient les musiques avec des textes français, ce qui a produit de nombreux succès. Cette circulation et cette transformation des œuvres expliquent la présence de nombreuses adaptations dans le répertoire de la variété française.

L’échange porte ensuite sur les accusations de plagiat, domaine dans lequel Lecoeuvre intervient comme expert dans des successions, des inventaires, des évaluations, des partages et des litiges entre artistes ou maisons de disques, notamment autour de la SACEM. Il rappelle que les experts comparent parfois huit mesures et les notes de deux chansons pour déterminer si elles présentent des ressemblances significatives. Selon lui, un plagiat musical est généralement fortuit : un compositeur peut avoir conservé inconsciemment quelques notes entendues auparavant, alors que la musique occidentale ne dispose que de sept notes.

Il cite le cas du « Jerk » de Thierry Hazard, dont les ressemblances avec « Quand la musique est bonne » de Jean-Jacques Goldman ont donné lieu à une procédure. Le titre avait pourtant dépassé le million de singles vendus, mais Thierry Hazard a dû restituer les sommes concernées après la décision favorable à Goldman. Il mentionne aussi des affaires impliquant Alain Barrière, Benjamin Biolay et Grégoire, ainsi que le dossier opposant Amanda Lear à Miley Cyrus. Il estime que beaucoup de ces affaires se règlent à l’amiable. Il donne enfin l’exemple de Goldman et d’une jeune femme qui lui avait envoyé une cassette : des similitudes avec « S’il suffisait d’aimer » avaient été reconnues, mais les deux parties avaient trouvé un accord sans procès, Goldman admettant lui-même les ressemblances sans attendre l’intervention d’un expert.

Les salons du livre, la mémoire du public et l’effet de la télévision

Pour Fabien Lecoeuvre, les salons du livre ne servent pas uniquement à vendre des ouvrages : ils sont surtout l’occasion de rencontrer les lecteurs. Il leur demande souvent quelle est leur chanson préférée et s’ils possèdent une anecdote personnelle à son sujet. Ces échanges montrent que les chansons sont intimement liées aux souvenirs, aux périodes de la vie et aux émotions de chacun. Il évoque une forme de « synchronicité », par laquelle un titre semble accompagner ou raconter un événement personnel.

Il participe chaque année à plusieurs salons en France et considère ces rencontres comme une source d’enseignement essentielle pour les auteurs. Un écrivain doit savoir qui achète ses livres, ce que son public veut lire et quelles questions l’intéressent. Il compare cette nécessité à celle d’un chanteur qui devrait connaître les personnes qui achètent ses disques : sans contact avec son public, il devient difficile de comprendre ses attentes et de construire une œuvre plus pertinente.

Enfin, il confirme que la télévision et la radio ont fortement amélioré la visibilité et les ventes de ses livres. Une exposition régulière permet naturellement de vendre davantage qu’un auteur inconnu du grand public. L’entretien s’achève sur une question laissée ouverte concernant la différence entre les publics rencontrés à l’époque de ses émissions avec Patrick Sébastien et ceux qui le suivent aujourd’hui aux côtés de Cyril Hanouna.

L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI

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