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26 mai 1944 : le jour maudit

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Pierre Mazet est un auteur stéphanois, il nous raconte dans ses chroniques stéphanoises, les stéphanois et les ligériens du passé.

Retour sur épisode qui a marqué la ville dans sa chaire : le bombardement du 26 mai 1944. Des deux précédentes guerres contre l’Allemagne, Saint-Etienne n’avait eu que des échos lointains. Bien sûr, la région avait eu son contingent de poilus qui avaient laissé leur peau. Il suffit de s’arrêter dans les villages, au pied des monuments aux morts, pour s’en convaincre.

Mais, elle n’avait pas connu des déluges de feu, comme la Lorraine ou le nord de la France. Avec l’aviation, devenue une arme de guerre banale, les choses allaient changer. En juin 40, la Loire est en zone libre (la zone nono !). Le 11 novembre 1942, cette situation prend fin. Les Allemands envahissent la zone libre. La Gestapo ne s’installe à Saint-Etienne qu’à la fin février 1943, au Nouvel Hôtel (vers Chateaucreux), en mars, avec une annexe rue de la Convention et une à Montbrison, rue Alsace-Lorraine. Comme l’ensemble des Français, les Stéphanois souffrent des restrictions, de dénonciations, des arrestations arbitraires (qu’on se souvienne d’Elise Gervais). Saint-Etienne n’est pas une ville ordinaire. Elle abrite des mines de charbon, des usines d’armement et deux gares de triage (gare de Châteaucreux et la gare de triage du Pont de l’Ane).

Pourtant la guerre apparaît encore lointaine. Mais, le 26 mai 44, Saint-Etienne se trouve prise dans une opération de grande envergure. Cette opération entrait dans le cadre du « Transportation Plan », plan d’attaque des voies de communication, destiné à préparer le débarquement en Normandie, arrêté le 25 mars 1944. Il s’agissait de détruire des infrastructures de chemin de fer, notamment des gares de triage, afin d’empêcher l’armée allemande d’acheminer des troupes et du matériel vers l’ouest de la France. Un premier bombardement avait eu lieu le 10 mars 1944 et visant les usines Nadella à la Ricamarie qui produisaient les roulements à bille indispensables à l’Allemagne. Il eut lieu de nuit et fut réalisé par les Anglais. Les usines furent détruites mais également un certain nombre de maisons alentours. Le bilan fut lourd, 51 morts à la Ricamarie, 8 au Chambon-Feugerolles et 86 blessés. Le 26 mai 1944, à 10 heures, les sirènes retentissent. On croit à une fausse alerte. Mais à 10h17, les bombardiers américains sont au-dessus de Chateaucreux. Les premières bombes tombent.

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Dans les rues, c’est le chaos, la panique. En trois vagues, 450 tonnes de bombes sont lâchées. La première vague a produit tellement de fumée que les B-17 suivants lâchent leurs bombes un peu partout. A 10h 35, c’est la fin de l’alerte. En 18 longues minutes, Saint Etienne vient de connaitre en son cœur les horreurs d’une guerre aveugle et meurtrière, un enfer absolu à quelques semaines de la libération de Saint-Etienne. Le bilan humain est terrible. Près de 1000 morts dont 24 élèves et 8 maîtres de l’école primaire de Tardy, 2000 blessés, 20 000 sinistrés. Les objectifs militaires ont été détruits mais à quel prix…

Près de 800 immeubles sont atteints dont 250 totalement détruits. Les quartiers du Soleil, de Tardy, de la Cotonne, le jardin des Plantes et même l’église Saint-François sont gravement touchés. La reconstruction sera longue, elle sera en particulier l’œuvre d’Alexandre de Fraissinette, maire de 1947 à 1964. La reconstruction a réparé les paysages, mais elle n’a sûrement pas guéri les blessures humaines.

Bombardement-de-Saint-Etienne 26 mai 1944 : le jour maudit


Pour en savoir plus :
Marc Swanson, Le bombardement de Saint-Étienne. Pourquoi ? 26 mai 1944, Actes Graphiques, 2004.


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Pierre Mazet
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