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Brun, vous avez dit Brun de Saint-Étienne ?

Date:

Radio Gaga 42

(Première partie)

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Capture-decran-2026-09-30-092156 Brun, vous avez dit Brun de Saint-Étienne ?

Adapté du livre « Brun, saga d’une famille stéphanoise » – Ouvrage disponible chez l’auteur : phb.auteur@orange.fr

(Tous droits de texte réservés – Photos libres de droits)

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– Prologue –

Arrivé en 1995, pour raisons professionnelles sur Saint-Étienne, je pensais bien découvrir une ville fière et préservatrice de son énorme passé culturel, technique et industriel. Dans l’ensemble je ne fus pas déçu. Bref, tout semble fait pour que la mémoire reste bien vivante, pour que les trésors de notre passé se transmettent tout naturellement aux générations futures.

Tout, non, à mon grand dam rien ne filtre sur un certain Jean-Marie Brun (1850/1924), ni sur ses descendants… Pas de rue, ni plaque commémorative, ni la moindre petite photo ou explication dans le plus petit musée de la ville, non, rien. Mais comment a-t-on pu occulter cette famille, tirer un trait sur une partie du patrimoine musical stéphanois. La France entière a dansé au son des pianos automatiques innovés par Jean-Marie Brun, au début du XXème siècle. D’ailleurs, Saint-Étienne a largement bénéficiée de cette renommée et pourtant, aujourd’hui, la ville semble bien avoir perdu la mémoire… Comment cela est-il possible ?

Oh ! Je sais, ce cri de révolte peut vous surprendre, les pianos mécaniques et automatiques sont depuis fort longtemps tombés dans le monde de l’oubli me diront certains. Et alors leur répondrai-je ? Ce n’est pas une raison pour en oublier les créateurs, cette poignée de génies qui a cherché à distraire la France de l’époque, qui d’ailleurs en avait bien besoin…

Et puis, après Jean-Marie, il y a eu sa descendance, Joseph son fils (1887/1941), virtuose et professeur de mandoline, jusqu’à Emmanuel, son petit-fils, sportif de haut niveau multi-récompensé et prestigieux joueur de lame sonore (scie musicale), reconnu par ses pairs…

Ma déception était d’autant plus grande que, lorsque j’interrogeais quelques Stéphanois sur la famille Brun, les réponses étaient souvent les mêmes, évasives, incertaines…

– Jean-Marie Brun, vous connaissez ?

– Non !

– Mais si enfin, il était de Saint-Étienne, c’est l’innovateur du piano automatique le «Brunophone»

– Ah oui ! Ces gros pianos qu’on trouvait autrefois dans les bistrots, il fallait les remonter avec une manivelle et mettre une pièce pour que ça joue, oui, oui je m’souviens maintenant qu’on en parle… Des «Bruno» qu’on les appelait ces pianos, oui c’est ça des «Bruno». Y’en avait même un dans la salle où on a fait notre repas de noces avec ma femme, c’qu’on a pu danser avec ces machins…

Oh ! Mais dites donc, c’est vieux tout ça…

– Brun, Brun… Attendez voir, ils n’avaient pas un magasin de musique cours Victor Hugo à Saint-Étienne… J’en suis pas sûr mais ça m’dit quelque chose…»

Dire que ce que je considérais comme une injustice, ne pas rendre hommage à cette famille prestigieuse, fut le moteur, le déclencheur de mes recherches, est totalement vrai !

- Les premiers pas -

C’est ma rencontre avec l’un des descendants qui va me mettre le pied à l’étrier. Norbert Brun, arrière-petit-fils de Jean-Marie Brun, me donnera quelques précieux renseignements qui vont me permettre d’avancer rapidement sur la généalogie de sa famille. Le berceau familial est principalement la Haute-Loire, et plus précisément la commune de Félines, près de la Chaise-Dieu. Jean-Marie Brun est fils de paysans et deuxième d’une fratrie de dix enfants. Comme souvent à l’époque, les parents agriculteurs ordonnaient à l’ainé, de reprendre après eux, l’activité à la ferme. Étant donné que le grand frère de Jean-Marie mourut à l’âge de cinq ans, c’est à lui que revenait cette obligation. Heureusement, il échappa à cette règle grâce à son instituteur, qui, ayant décelé les capacités intellectuelles de l’enfant, fera tout pour qu’il continue ses études. C’est certainement lui qui décidera ses parents à l’envoyer poursuivre sa scolarité chez les Maristes à Saint-Chamond. Certes, une aide de quelques influents ou mécènes a dû être nécessaire car, rares étaient les enfants de paysans à pouvoir s’offrir un tel luxe d’enseignement en cette fin du XIXème siècle dans les campagnes françaises.

L’industrie est en pleine gloire dans la Loire, et, un peu partout prospèrent des entreprises de fonderie, métallurgie, filature, fabrication d’armes, etc… Nombreux sont ceux qui se ruent alors sur Saint-Étienne et ses alentours pour sortir de la rude vie campagnarde. Celle d’ouvrier n’est pas des plus reposantes, mais elle change, elle valorise et est financièrement plus attractive.

La vallée de Cotatay, au Chambon-Feugerolles, a vu d’ailleurs son activité industrielle se développer fortement dès le début du XIXème et tout au long de ce siècle. De nombreux paysans descendront des plateaux de la Haute-Loire pour travailler et s’installer dans la vallée. La qualité des forges de Cotatay est reconnue, mais sera encore améliorée dès l’arrivée des familles Holtzer, Schmitt, Weber et autres forgeurs expérimentés venus d’Alsace, plus précisément de Klingenthal.

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Jean-Marie Brun a certainement fait partie de cette importante main-d’oeuvre qui fourmillait à Cotatay, une sorte de ville dans la ville. Quoi qu’il en soit, il y rencontre Clotilde Vineis (1857/1936), qui deviendra son épouse, le 29 mai 1884 et la mère de leurs deux enfants, Françoise (1885/1961) et Joseph (1887/1941).

Clotilde est la fille de Françoise (1827/1909) et Pierre (1822/1878) Vineis, locataires puis propriétaires d’une et même plusieurs usines hydrauliques. La famille a aussi émigré dans cette «vallée de l’abondance» vers 1850, mais eux viennent du Tyrol et non du Bas-Rhin. Les Vineis sont spécialisés au départ dans la fabrique de faux, leur premier atelier se situe après la grotte de Cotatay dans un ancien moulin à blé réhabilité. Il est possible que Jean-Marie Brun travaille quelque temps avec sa belle-famille, mais un jour, il changera de direction pour aller vers le monde musical.

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Qu’est-ce qui va réellement le pousser à se lancer sur cette voie ? Son beau-père est passionné de musique et pratique en amateur cet art si délicieux. Connaissant beaucoup de monde de part sa notoriété sur la région, il a peut être présenté un luthier à son gendre…

Si la fin du XIXème siècle est propice aux industries métallurgiques, elle est également favorable au développement des instruments de musique mécanique. En effet, le travail est pénible un peu partout et les moments de détente sont donc très appréciés. Chanter et danser autour d’un verre devient vite une franche habitude. C’est alors que, pianos mécaniques puis automatiques envahissent rapidement les cafés et restaurants de notre territoire. Pensez donc, à eux seuls ils peuvent remplacer un musicien voir même un orchestre, se «nourrissent» de quelques gouttes d’huile et pour les derniers d’une petite pièce pour mettre en route leur système musical… Quelle économie ! Tout le pays s’amuse au son de ces «bastringues» plus ou moins accordés, plus ou moins entretenus… Une véritable industrie musicale se développe alors autour de ces instruments.

Les premiers qui franchissent nos frontières arrivent d’Italie pour le sud et de Belgique pour le nord. Mais très vite la France fabriquera ses propres pianos. Les Maisons les plus célèbres seront basées à Nice telles que Nallino, Amelotti, Tadini, Jules Piano, etc. Faisons un point technique sur ces instruments de musique. Au départ, ils sont purement mécaniques, c’est-à-dire qu’on les fait fonctionner en tournant à la main une manivelle prolongée d’une vis sans fin. Ensuite, ils deviendront automatiques, en 1902, grâce à un moteur à ressort spiral (comme dans les réveils ou les phonographes, mais en plus gros) qui, une fois remonté puis déclenché par une pièce de monnaie, entraînera tout seul un gros cylindre clouté. Chaque clou ou picot, 20 000 ou 30 000, judicieusement planté dans le cylindre de bois, viendra au moment voulu, attraper un marteau qui lui, ensuite, frappera une corde du piano afin d’obtenir le son désiré. Enfin, certains seront même pneumatiques, plus ressemblants aux harmoniums de par leur fonctionnement par pompes à air. Leur jeu peut être manuel ou commandé par le défilement d’un rouleau de papier perforé, le tout est d’une grande complexité technique. Mais restons sur les pianos automatiques…

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Jean-Marie Brun a dû «flairer» le bon filon en voyant tous ces pianos qui envahissaient petit à petit les différents débits de boissons, restaurants ou autres salles de danse. En tant que luthier et revendeur d’instruments de musique traditionnels, il est probable qu’il ait vendu au départ vers 1880, comme d’autres magasins de musique, des pianos mécaniques niçois. Par contre, Jean-Marie dépose bien le 29 août 1885, un brevet avec dessin, d’un instrument de musique qu’il nomme «Brunophone». Nous sommes loin du piano mécanique, car, la description mentionne qu’il s’agit d’un instrument tenant du hautbois, de la musette et du saxophone (source musée de l’art et de l’industrie de Saint-Étienne).

J’en déduis donc, que, Jean-Marie Brun a dû se servir une seconde fois de ce nom, lors du dépôt d’un nouveau brevet, le 25 avril 1908, mais cette fois pour un piano automatique à moteur spiral. Il est noté sur le brevet, le mot «création », mais les ateliers de la maison Brun n’effectuaient pas une complète fabrication. En fait, une majeure partie des pianos était achetée à des facteurs niçois, la Maison Amelotti, une autre partie fabriquée sur place et, le tout enfin assemblé et aménagé «façon Brun». Cette sous-traitance devait être moins onéreuse qu’une fabrication complète. Lors de mon périple, j’ai eu la chance de rencontrer la petite fille de Jean-Marie Brun, précisément la fille de Françoise et Pierre Bonnet, puisque du côté du fils, Joseph Brun, il n’y eu que des garçons. Cette dame, déjà très âgée lors de l’entretien qu’elle voulu bien m’accorder me donna beaucoup de précisions dont une concernant les arrivages de pianos.

  • « Je me souviens, malgré mon jeune âge à l’époque… Que des wagons entiers arrivaient en gare de Saint-Étienne avec une multitude de caisses de pianos, il y en avait, il y en avait… ! »

J’ai recensé à ce jour une vingtaine d’inventions à l’actif de Jean-Marie Brun, simplement pour la période de 1881 à 1908 (source archives municipales de Saint-Étienne). Il y en a eu certainement d’autres. Elles sont souvent axées sur la musique, telles ses embouchures spéciales pour flûtes, clarinettes et ocarinas, son modèle de tambour et autre «trompettino», transformateur de ton, etc. Mais il y a eu des créations différentes, comme un modèle de roue de bicyclette avec rayons à double emploi vissés sur la jante, un tube porte lame, la surprenante lame faisant racloir d’un côté et scie pour matières dures de l’autre ou celle qui sert de rabot à dents et de lame à raser de l’autre côté. Également, un curieux tableau de lettres pour apprendre à copier aux commerçants… Sacré Jean-Marie !

À SUIVRE…

Merci Madame Didier pour cette rencontre inoubliable…

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