COMMUNIQUÉ
Intervention liminaire de Mme Isabelle DUMESTRE, Présidente du Groupe Saint-Etienne Demain – Conseil municipal du 13 octobre 2025
Chers collègues,
Mesdames, Messieurs,
Le procès de l’affaire qui pollue la vie de notre ville depuis plus de 3 ans a enfin eu lieu.
La justice va enfin passer et nous y verrons plus clair dans quelques semaines. Enfin !
En attendant cette délivrance, en ce conseil municipal si particulier, nous voulons nous adresser aux Stéphanoises et aux Stéphanois. Nous voulons leur dire que nous sommes, tout comme eux, atterrés, écœurés, dégoûtés, par le grand déballage auquel nous avons pu assister lors de ce procès.
Nous aussi, nous avons eu honte pour notre ville, mais aussi pour toutes celles et ceux qui sont sincèrement engagés en politique, lorsque nous avons entendu les avocats et les juges exprimer la « nausée démocratique » que leur inspire cette affaire associée à la Ville de Saint-Etienne.
Nous voulons leur dire clairement que non, la gestion d’une ville, ce n’est pas ça. Que la politique, ce n’est pas ça. Que tout n’est pas que vulgarité, intimidations, manipulations, trahisons et coups bas, derrière les murs d’un Hôtel de Ville, en temps normal.
Nous voulons également, une nouvelle fois, ainsi que nous l’avions fait dès les premières révélations sur l’affaire, avoir une pensée pour l’ensemble des victimes de ce kompromat. Celles dont quoi qu’il arrive, le statut aura été reconnu : Gilles Artigues, évidemment, mais aussi Michel Thiollière, ainsi que l’escort boy.
En tant que femme, et en tant que mère, je veux dire aussi toute mon admiration à Madame Artigues qui a su tenir bon dans la tempête qui s’est abattue sur sa famille, ainsi qu’aux enfants qui, je l’espère, pourront se remettre de tout cela. Si la famille Artigues a beaucoup souffert ces dernières années, il y a bien une chose qu’il ne leur a pas été prise : leur dignité.
Avec mes collègues, nous voulons saluer le travail remarquable de la presse, que d’autres ont tant essayé de salir, voire de faire taire, et qui dans cette affaire comme dans tant d’autres, aura pleinement joué son rôle de contre-pouvoir.
Parmi les victimes, il y a aussi la ville de Saint-Étienne, au nom de laquelle nous nous réunissons aujourd’hui. Je ne parle pas du potentiel détournement de fonds, que la justice confirmera ou infirmera. Mais quels que soient les faits qui seront retenus par la justice, notre ville aura été une victime collatérale.
Une victime par la désorganisation de l’exécutif et, par conséquent, des services municipaux. Une victime par l’attentisme dans la conduite de l’action publique. Une victime, surtout, par la terrible dégradation de l’image qui en est renvoyée au-delà des frontières communales. Mais aussi une victime par l’isolement institutionnel dans laquelle elle se trouve plongée.
Pour tout cela, cette affaire est inqualifiable, impardonnable.
Nous sommes des élus, pas des professionnels du monde judiciaire, aussi nous ne nous prononcerons pas sur la qualification pénale des faits qui ont été commis au sein de notre collectivité.
En revanche, parce que nous sommes conseillers municipaux et parce que l’utilisation de l’argent public nous concerne au premier chef, nous voulons dire notre effarement devant la manière dont certains bénéficiaires de subventions, pourtant issus de « la bonne société stéphanoise », ont pensé gérer de l’argent public. Les subventions entrent, les chèques sortent, sans le moindre questionnement. Avoir du monde à son vernissage ou obtenir un article dans un magazine local, qui peut croire que tout cela valait des dizaines de milliers d’euros d’argent public ?
Les responsables associatifs qui doivent galérer pour monter des dossiers conséquents afin de pouvoir espérer glaner quelques centaines d’euros ont dû apprécier. Que ce soit pour financer un chantage ou par simple copinage, un tel fonctionnement, profondément inégalitaire, n’est pas tolérable dans une collectivité publique.
Voilà deux ans qu’on nous promettait, dans cette enceinte, des révélations fracassantes, que la « vraie vérité » allait être enfin révélée… Mais, le « grand boum » tant annoncé n’a pas eu lieu. Comme l’a très justement dit la présidente du tribunal, on a bien compris que, pour M. Perdriau, « la vérité est toujours ailleurs ». Et, au final, la seule chose qui aura fait « boum », c’est le bruit des réquisitions qui sont tombées.
De la prison ferme requise. Plusieurs années.
De l’inéligibilité requise, à titre exécutoire.
À ce stade, vous demeurez présumé innocent. Mais il faut que vous et vos soutiens commenciez à l’entendre : nous ne sommes plus dans les révélations d’une « certaine presse » ou dans « des ragots de torchons ». Nous ne sommes plus dans une histoire orientée par les fuites du secret de l’instruction.
Il y a eu enquête. Aux conclusions accablantes.
Il y a eu un procès. Au contenu accablant.
Il y a eu des réquisitions.
Votre stratégie de défense s’est jusqu’ici résumée à déverser un torrent de boue sur toutes celles et ceux qui ne vont pas dans votre sens : la presse, les policiers, les juges, les avocats, les victimes, vos alliés d’hier ou vos opposants des prochaines élections.
Tout en réclamant – légitimement – qu’on respecte votre propre présomption d’innocence, vous avez cherché à salir tout le monde. Et vous continuez à le faire : pensez-vous que votre chute sera moins douloureuse si vous nous entraînez tous dedans ?
A un moment, il faut savoir arrêter la course au précipice, Monsieur Perdriau. Il en va de l’intérêt de notre ville, de ses habitants, mais aussi du vôtre. Essayez de vous souvenir qu’il n’y a pas que votre poste que vous mettez en jeu dans cette affaire.
Pour nous, il est plus que temps de commencer à réparer ce qui a été abîmé. Et ça commence par la qualité et la sincérité du débat démocratique de ce jour.
Quand plusieurs années de prison sont requises contre celui qui préside encore aujourd’hui le conseil municipal, on ne peut pas faire comme si de rien n’était.
Quand plusieurs années d’inéligibilité pour détournement de fonds publics sont requises contre celui qui préside encore le conseil municipal, on ne peut pas faire comme si de rien n’était.
Pour notre part, nous ne voulons pas contribuer à banaliser une situation qui est par définition extraordinaire.
Nous avons tous été agréablement surpris que le dernier conseil de Métropole se soit déroulé dans de si bonnes conditions, sous la présidence de la première vice-présidente, Sylvie Fayolle. Comme si la « normalité » était devenue extraordinaire.
Mais aujourd’hui, qui plus est dans le grand tourbillon de la situation politique nationale, Saint-Étienne et les Stéphanois doivent pouvoir retrouver un fonctionnement apaisé.
Aussi, Monsieur Perdriau, dans l’intérêt de notre assemblée municipale, dans l’intérêt de notre ville, nous vous demandons solennellement de vous mettre en retrait jusqu’au délibéré, et nous vous invitons à transmettre dès à présent la présidence du conseil municipal au premier adjoint, Jean-Pierre Berger.
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