AccueilCultureDes bateaux et des hommes : Mémoire et histoire de la marine...

Des bateaux et des hommes : Mémoire et histoire de la marine Rambertoise

Date:

Dernières infos

Les allégories de la Métallurgie et de la Rubanerie

Deux sentinelles industrielles devant l'Hôtel de Ville de Saint-Étienne Le...

Les Lamaizière, architectes des Nouvelles Galeries

Pierre Mazet est un auteur stéphanois, il nous raconte...

Carte postale de vacances : Julien entre Sainte-Maxime et Saint-Tropez

Aujourd’hui, c’est Julien qui nous adresse un sympathique clin...

Entretien enregistré le 28 juillet 2026

au Chateau de Bouthéon

Dans cet entretien sur Radio Gaga 42Géraldine Barou, muséographe et vice-présidente de l’association Mémoire et Patrimoine Saint-Just Saint-Rambert, présente son ouvrage « Des bateaux et des hommes », qui retrace l’histoire de la marine rambertoise et de son rôle majeur dans le développement industriel de la région ligérienne. Le dialogue explore la genèse du livre, la vulgarisation du patrimoine local, l’importance du fleuve Loire pour l’économie charbonnière, les dynamiques sociales des mariniers et les conséquences écologiques de cette industrie disparue. Enfin, ce rendez-vous aborde les enjeux de transmission de cette mémoire collective à travers l’édition, la médiation culturelle et l’animation associative.

Genèse du livre et démarche de valorisation patrimoniale

Dès l’ouverture, Géraldine Barou explique comment son ancrage familial et professionnel dans la région a nourri le projet d’écrire un ouvrage consacré à Saint-Just Saint-Rambert. Elle détaille la progression de l’initiative : tout d’abord, la création en 2018 d’une exposition temporaire « Des bateaux et des hommes », qui rencontre un franc succès, puis sa pérennisation grâce à la municipalité et enfin la possibilité, actuelle, d’embarquer dans une ramberte reconstituée dans les caves du château de Bouthéon. Face à l’engouement du public et à la demande grandissante de transmission, l’association Mémoire et Patrimoine—qu’elle coanime—décide de coucher sur papier le fruit de plusieurs années de recherches, de collectes de témoignages et d’enquêtes. Géraldine insiste sur la volonté de rendre accessible ce pan d’histoire à tous, valorisant la démarche de vulgarisation scientifique.

Structuration et public du livre : transmission, pédagogie et accessibilité

Le livre s’adresse à un public très large, des enfants de 7 à 77 ans et au-delà, avec un accent mis sur la facilité de lecture et l’abondance d’illustrations. Géraldine souligne le format ludique et pédagogique du livre, adapté aux usages scolaires et accessible à tous les milieux, enseignants compris. Chacun peut y débuter la lecture à n’importe quel chapitre, y revenir, ou l’emmener au bord de la Loire pour une lecture in situ. Le livre vise ainsi à devenir un outil de transmission facile à partager et à exploiter. C’est aussi un témoignage vivant, contribuant à faire lien entre les générations autour de la mémoire locale.

Naissance et essor de la marine de la Loire : histoire, techniques et dynamiques sociales

Géraldine Barou situe l’origine de la marine rambertoise au début du XVIIIe siècle, à partir des années 1705, lorsque la Loire devient partiellement navigable. Jusqu’alors, le fleuve n’est accessible à la navigation que durant une centaine de jours par an, en raison des conditions météorologiques et de la géographie accidentée, notamment les gorges et le Saut du Pont. Les sociétés de « voituriers par eau », tels que les familles Berry, Labar et Mélandard, s’imposent comme figures piliers de cette économie en contrôlant les mines, la fabrication des bateaux et le transport fluvial. On découvre ainsi la coopération des deux villages, Saint-Just et Saint-Rambert : les charpentiers de ce dernier construisent les Rambertes, bateaux imposants de 30 mètres, pendant que les mariniers de Saint-Just accomplissent la partie la plus périlleuse du trajet, avant de passer le relais à de nouveaux équipages dès qu’ils atteignent Roanne en direction de Paris. Ces échanges économiques et humains structurent la vie locale et donnent naissance à une véritable épopée collective qui dépasse les querelles de clocher.

atelier-de-st-rambert-1024x386 Des bateaux et des hommes : Mémoire et histoire de la marine Rambertoise

Impacts écologiques, disparition de la marine fluviale et transition sociale

La construction massive de Rambertes, qui nécessite une dizaine d’arbres par bateau et plus de 250 000 unités en un siècle et demi, entraîne une déforestation importante des Monts du Forez et d’au-delà, provoquant des bouleversements majeurs : érosion des sols, crues et inondations catastrophiques, telle celle de 1907 qui détruit le port et le pont d’Andrézieux. Les bateaux, essentiellement jetables, sont démontés à Saint Nazaire ou Paris, leurs planches réutilisées dans la construction ou brûlées, quelques-unes récupérées pour d’autres usages nautiques. L’arrivée du chemin de fer initie le déclin inexorable de la marine rambertoise. Initialement complémentaire, il finit par supplanter totalement la batellerie, car il permet d’acheminer le charbon toute l’année, indépendamment des aléas climatiques. Le basculement vers le rail signe la reconversion contrainte d’une population : nombre d’anciens mariniers deviennent passementiers, investissant dans le textile, et des recherches sont en cours pour documenter l’ampleur de cette transition et ses traces dans l’architecture locale.

Édition, réception et universalité du livre

Après le travail d’exposition et de collecte, c’est tout naturellement que Géraldine se voit confier la rédaction et la maquette du livre par le président de l’association. Elle conçoit un ouvrage hautement illustré, véritable prolongement muséographique, où la vulgarisation prime pour séduire tous les publics, locaux comme extérieurs. Le livre circule bien au-delà de la région, suscite l’intérêt d’amateurs d’histoire de la Loire et s’ancre comme un outil de valorisation du patrimoine industriel stéphanois et rambertois. Sans la Loire et la filière rambertoise, la révolution industrielle de Saint-Étienne aurait été radicalement entravée, le charbon – l’« or noir » – étant resté enclavé. Dès lors, le livre devient moyen de se réapproprier une histoire qui a forgé la modernité régionale.

Médiation culturelle, transmission locale et conclusion

Dans le dernier segment, l’entretien s’intéresse à la diffusion du livre et à la dynamique associative : dédicaces, salons, conférences et événements tels que l’initiative de l’association Liger, fédérant les sociétés historiques de la Loire. Géraldine insiste sur la fonction première de ces associations, qui consiste à rechercher, documenter et transmettre la mémoire collective : chacun est héritier, parfois inconscient, de cette épopée. La valorisation des découvertes et l’ouverture à tous—habitants, étudiants, curieux—permettent de faire vivre l’histoire locale. L’horizon est ainsi d’intéresser le plus grand nombre à ces récits fondateurs, d’attiser la curiosité patrimoniale et de rappeler que, sans la Loire, la géographie et l’histoire du département n’auraient pas été les mêmes. Les derniers échanges précisent que le terme « Liger » se réfère au nom latin du fleuve et que la population s’appelle les Ligériens, réaffirmant la fierté identitaire et l’attachement à un héritage commun, avant de conclure sur un appel à perpétuer ce souffle de transmission.

L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI

Redaction
Redactionhttps://www.minformer.com
Depuis le 22 Avril 2025 partagez vos infos : contact@minformer.com

Dernières actu

Le petit mot

Recevez les dernières actualités

Chaque semaine, les infos essentielles de Minformer.com directement par email.