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À Saint-Étienne, Paul Chauvet fait encore parler le café

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Radio Gaga 42

Rencontre du 22 septembre 2026 pour Radio GAGA 42

Depuis 1934, la famille Chauvet torréfie du café à Saint-Étienne. Installé place Boivin, Paul Chauvet est aujourd’hui le gardien d’une histoire familiale qui raconte aussi celle du commerce stéphanois. Des premières années marquées par la guerre aux marchés, en passant par les fruits secs et les voyages, il prépare désormais la transmission de ce savoir-faire.

Il suffit de pousser la porte pour sentir que l’on n’entre pas dans un commerce comme les autres. Ici, le café raconte une histoire. Celle d’une famille installée à Saint-Étienne depuis près d’un siècle et celle d’un quartier, la place Boivin, dont Paul Chauvet a vu les transformations au fil des décennies.

Tout commence en 1934, avec son grand-père. Ancien maître cordonnier dans l’armée, il souhaite ouvrir une cordonnerie à Saint-Étienne. Mais le projet se heurte à la réglementation de l’époque : la ville compte déjà suffisamment de cordonneries. Il se tourne alors vers l’alimentaire. Son passé militaire lui permet de bénéficier de relations et de circuits d’approvisionnement précieux à une époque où les cartes de ravitaillement compliquent le quotidien. Le commerce s’oriente progressivement vers le café.

Quand Saint-Étienne comptait 21 torréfacteurs

Dans les années 1940, Saint-Étienne est une grande ville industrielle. Le charbon, les aciéries et les usines font vivre des milliers de familles. Et le café y tient une place particulière : la ville compte alors 21 torréfacteurs, selon les annuaires conservés par Paul Chauvet.

La guerre bouleverse cependant les importations. Faute de café en quantité suffisante, les torréfacteurs utilisent d’autres produits : orge, lupins, vesces ou encore noyaux de dattes. Le tout est torréfié et mélangé pour constituer un substitut au café.

Après la guerre, les approvisionnements reprennent progressivement. Le père de Paul Chauvet rejoint l’entreprise familiale au milieu des années 1940 et prend ensuite la relève après le décès du grand-père. À cette époque, la clientèle évolue elle aussi. Italiens, Portugais, Espagnols, Polonais et populations nord-africaines viennent travailler dans les mines, la métallurgie, la chaudronnerie ou le bâtiment. Une clientèle aux habitudes différentes, à laquelle les torréfacteurs doivent s’adapter.

Le café passe au vert, à l’orange ou au rouge

C’est dans ce contexte qu’apparaît une idée devenue l’une des signatures de la maison : un code couleur pour identifier les cafés.

Inspiré du feu tricolore, le système permet au client de comprendre rapidement le caractère du café choisi. Le vert correspond aux cafés de démarrage, notamment les robustas du matin. L’orange désigne les mélanges d’arabicas et de robustas. Le rouge correspond aux cafés plus charpentés, avec davantage de corps et de caractère.

D’autres couleurs complètent cette classification. L’or, l’argent et le bronze rappellent les médailles olympiques. Le bleu, plus sombre, évoque la nuit et le repos : il devient la couleur du décaféiné.

Un système imaginé à Saint-Étienne et que certains torréfacteurs continuent encore à reprendre, de Sense à Nice, en passant par d’autres régions françaises.

Une ville qui sentait le café

Paul Chauvet se souvient aussi d’une époque où l’odeur du café accompagnait les habitants dans les rues.

La rue du Cheval-Blanc comptait notamment plusieurs torréfacteurs. Les fumées issues de la torréfaction étaient autrefois évacuées par des systèmes rudimentaires, parfois jusque dans les égouts de la ville. Dans les commerces voisins, l’odeur de café pouvait même remonter par les canalisations.

Depuis, les normes ont changé. Les équipements aussi. Mais la torréfaction est restée au cœur du commerce.

Du café aux amandes et aux cacahuètes

Au fil des années, la maison Chauvet s’est diversifiée. La même machine sert à torréfier café, cacahuètes, amandes ou noix de cajou, à condition d’adapter la température et la vitesse de rotation.

Le café peut être torréfié entre 180 et 200 °C. Pour les cacahuètes en coque, la température descend autour de 90 °C.

Aujourd’hui, Paul Chauvet commercialise également du thé, des épices et de nombreux fruits secs. Il travaille avec un groupement d’achats qui représente plusieurs centaines de tonnes de fruits secs par an et fait profiter de ses achats à de petites unités de fabrication stéphanoises.

Une manière de conserver une activité artisanale tout en bénéficiant de prix compétitifs.

20 000 paquets de café par an

Le développement de l’entreprise est spectaculaire. Au décès de son père, la production représentait, selon Paul Chauvet, entre 1 250 et 1 500 paquets de 250 grammes par an. Aujourd’hui, il approche les 20 000 paquets.

Une progression qu’il explique notamment par sa présence sur les marchés, les foires, les salons de l’artisanat, les brocantes et les marchés de Noël. Il y emmène son percolateur et une petite machine à torréfier. Le spectacle attire les curieux et permet de faire découvrir son métier.

« Dans le commerce, il faut un petit côté spectacle pour attirer l’attention », résume-t-il.

Quatre générations de clients

Face aux grandes surfaces, Paul Chevet a choisi une autre carte : la proximité. Conseils sur les cafés, explications sur les arômes, la teneur en caféine, les fruits secs… Le commerçant prend le temps. Et les clients reviennent. Certains sont aujourd’hui issus de la troisième, voire de la quatrième génération d’une même famille.

« La qualité, c’est ce qu’on met toujours en avant », explique-t-il, tout en revendiquant également la convivialité qui accompagne le commerce de proximité.

Transmettre avant de partir

Après tant d’années derrière le comptoir, une question se pose désormais : que deviendra la maison Chauvet ?

Paul Chauvet n’a pas d’héritier pour reprendre directement le commerce. Il échange donc avec la chambre de métiers et la chambre de commerce pour trouver un repreneur. Son souhait est de transmettre son savoir-faire à quelqu’un issu de la torréfaction et désireux de s’installer à son compte. Il veut lui apprendre ses méthodes, ses techniques de commercialisation et ses « secrets de fabrication ».

Car pour Paul Chquvet, transmettre le magasin ne signifie pas seulement transmettre une entreprise. C’est aussi faire vivre une tradition.

Boivin, témoin d’une autre époque

Son histoire personnelle se confond avec celle de la place Boivin. Il a vu le quartier changer, les petits commerces disparaître et les grandes transformations urbaines modifier les habitudes.

Son constat est sans détour : selon lui, le quartier s’est paupérisé et une partie du savoir-faire des commerces d’autrefois s’est perdue.

Il se souvient d’un temps où les commerçants connaissaient parfaitement leurs produits et leur métier, mais aussi d’un marché très animé plusieurs fois par semaine. Il garde enfin en mémoire les grandes années des associations de commerçants stéphanois, dans les années 1970, lorsque celles-ci réunissaient, selon son témoignage, jusqu’à 1 300 adhérents.

Une époque où les commerçants organisaient leurs propres manifestations, éditaient leurs fascicules et avaient même développé une radio et une télévision locales.

Aujourd’hui, derrière les paquets de café et les sacs de fruits secs, Paul Chauvet conserve surtout une mémoire : celle d’un Saint-Étienne commerçant, industriel et populaire.

Une mémoire qu’il espère transmettre avec son commerce, avant que ne se tourne une nouvelle page de cette histoire commencée en 1934.

Redaction
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