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Chronique australienne, épisode I : le prof, l’avion, et l’art de rater sa correspondance à Dubaï

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Chronique australienne, épisode I : le prof, l’avion, et l’art de rater sa correspondance à Dubaï

Après avoir méthodiquement étudié la répartition des serviettes autour des postes de secours landais l’été dernier, votre serviteur a décidé de porter ses recherches plus loin. Beaucoup plus loin. À 16 000 kilomètres, très exactement — parce qu’un prof en vacances, quand il s’ennuie, ne fait pas les choses à moitié : il part découvrir l’Australie.

Sauf que l’Australie, figurez-vous, ça se mérite. Et le premier chapitre de cette épopée s’écrit dès l’aéroport de Lyon, devant les portiques de détection. Là, mesdames et messieurs, moment de gloire. Je passe, je bippe. Évidemment que je bippe. Trente-deux ans de carrière à expliquer la théorie du choix rationnel, et je n’ai toujours pas rationnellement anticipé la boucle de ma ceinture. Résultat : la fouille intégrale, bras écartés, façon crucifixion laïque, sous le regard bienveillant d’un agent qui a vu passer plus de suspects que moi de copies de bac. J’ai eu droit à la photo bras en croix. Oups. On repassera pour la dignité.

Vient ensuite le vol pour Dubaï, première escale. Deux heures de retard. Deux petites heures qui suffisent, dans l’implacable mécanique aéroportuaire, à me faire rater ma correspondance pour Sydney. Panique ? Non. Car — et c’est là que l’histoire devient presque un conte de fées — le personnel de bord m’attendait à la sortie de l’avion, m’a réservé une chambre dans un hôtel près de l’aéroport, avec une sollicitude qui frisait l’indécence. Couché à 3 heures du matin après 7 heures de vol, tout habillé, la valise ayant décidé de faire ce voyage en solitaire (elle passe sa soutenance ailleurs, apparemment), réveillé à 6 heures pour un petit-déjeuner expédié et un retour express à l’aéroport. Le luxe, quoi.

169a1d0e-8c5c-456f-a44d-d70c4d71eba5-768x1024 Chronique australienne, épisode I : le prof, l'avion, et l'art de rater sa correspondance à Dubaï

Et là, le grand saut : 14 heures de vol jusqu’à Sydney. Quatorze. Heures. Le temps de corriger une classe entière de dissertations, pauses café comprises. Mais le destin, dans sa mansuétude, m’avait placé à côté d’une gentille mamie — une de ces mamies providentielles qui vous tendent spontanément des mouchoirs en papier, comme si elle avait deviné que la déshydratation cabine et l’émotion du voyage allaient me submerger. Coincée côté hublot, cette sainte femme ne s’est levée que deux fois en quatorze heures, uniquement pour aller faire pipi. Deux fois. Un modèle de sobriété vésicale que je recommande à tous mes futurs voisins d’avion.

Car il faut bien parler des autres, aussi. Des enfants. Ces charmantes petites créatures qui, à 11 000 mètres d’altitude, découvrent que leurs oreilles existent et le font savoir à l’ensemble de l’appareil dans un concert de hurlements parfaitement synchronisés — un phénomène de mimétisme que j’aurais volontiers analysé en classe si j’avais eu la force de tenir un stylo. Oups. Pardon, mais quatorze heures, ça use la charité chrétienne.

Bref. J’ai fini par atterrir. Vivant, chiffonné, et sans valise — mais à Sydney.

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Eric Moulin Zinutti
Eric Moulin Zinutti
Professeur de lycée, généalogiste professionnel et historien régional. Membre du Cercle généalogique de la Loire.

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