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Elise Gervais : Héroïne malgré elle

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Pierre Mazet est un auteur stéphanois, il nous raconte dans ses chroniques stéphanoises, les stéphanois et les ligériens du passé.

S’il n’y avait eu la seconde guerre mondiale, Elise Gervais n’aurait pas sa rue à Saint-Etienne. Parallèle à la rue de la République, elle relie la rue du Jeu de l’Arc à la place Fourneyron. On ne sait pas grand chose de sa « vie d’avant ».

Elle est née le 15 juin 1898 à Mézériat dans l’Ain. Fille de cafetiers, elle vient s’installer à Saint-Etienne en 1936. Elle est employée aux Forges stéphanoises en tant que secrétaire de Félicien Blanc, directeur général, un homme sûr, en qui elle a confiance.

Domiciliée dans la Grand’Rue, elle mène une vie paisible jusqu’à la défaite de 1940. La date de son entrée en résistance reste incertaine. Femme de caractère, Elise Gervais n’a jamais admis la défaite, l’occupation nazie et la collaboration du régime de Vichy. Au début de 1944, elle devient agent de renseignement du réseau Gallia. Gallia est au service des MUR (Mouvements Unis de Résistance, œuvre posthume de Jean Moulin).

A Saint-Etienne, le responsable du réseau Gallia s’appelle Château-Reynaud. Le service est strictement cloisonné. La sécurité est à ce prix, car la Gestapo et ses affidés traquent sans relâche les membres des réseaux. Dans la deuxième quinzaine d’août 1944, le réseau apprend, par un agent double, qu’il a été trahi par un de ses contacts et que des arrestations sont imminentes. Aussitôt, Elise Gervais alerte Château-Reynaud. Ce dernier parvient à s’enfuir et à mettre en sécurité matériel et documents.

On ne saura jamais pourquoi Elise Gervais ne s’est pas mise à l’abri.

Qu’a-t-elle fait dans la nuit du 16 au 17 août ? Mystère. Le 17 au matin, Elise est présente à son bureau, comme d’habitude. Dans cette semaine de la mi-août, peu de gens sont présents dans les usines et les ateliers du Marais. Félicien Blanc est présent. A dix heures du matin, elle déclare à son directeur : « Si je ne reviens pas ce soir, c’est que je serai arrêtée ».

Lorsqu’elle quitte les Forges stéphanoises, son destin est scellé. Personne ne l’attend dans la rue, personne n’esquisse un geste pour la sauver. Lorsqu’elle pénètre chez elle à 12h30, ils sont là, goguenards. Elle a juste le temps d’apercevoir son appartement fouillé, pillé. Inutilement, rien ne trainait. Amenée à la caserne Desnoëttes, elle fut atrocement torturée par la Gestapo.

Son corps, horriblement mutilé, fut retrouvé le 22 août 1944 à Ratarieux sur la commune de L’Etrat au moment où les troupes allemandes s’apprêtaient à quitter Saint-Etienne. Une grande énigme demeure. Pourquoi Elise, si prudente, est-elle retournée chez elle ce jour maudit du 17 août ?

Elise Gervais figure sur le Monument aux morts de Polliat dans l’Ain et sur la plaque commémorative des Forges Stéphanoises.

Pour en savoir plus :

http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article185154

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