Dans sa série consacrée aux grandes figures de la Loire, Christian Chassagne nous fait découvrir les personnalités qui ont marqué l’histoire du département, à travers son Dictionnaire des personnalités marquantes de la Loire. Aujourd’hui, Joanny Durand, le sculpteur ligérien qui a façonné la mémoire des combattants.
Né le 23 juillet 1886 à Boën-sur-Lignon, Joanny Durand demeure l’une des grandes figures de la sculpture ligérienne du XXᵉ siècle. Artiste talentueux, profondément marqué par la Première Guerre mondiale, il consacrera une grande partie de sa carrière à la réalisation de monuments aux morts, devenus aujourd’hui des éléments majeurs du patrimoine de la Loire.
Issu d’une famille de vignerons, Joanny Durand s’installe avec ses parents à Saint-Étienne en 1888. Très tôt attiré par les arts, il suit une formation en ciselure et en gravure sur armes à l’École régionale des arts industriels. Son talent est rapidement récompensé par l’obtention d’une bourse qui lui permet de poursuivre des études de sculpture à Paris.
Après avoir effectué son service militaire entre 1905 et 1906, il intègre l’École nationale des Beaux-Arts. Durant cette période, il travaille également dans l’atelier d’Élie Gonon, célèbre graveur stéphanois installé dans la capitale, où il perfectionne sa maîtrise du travail du métal et de la sculpture.
Marié en 1913, Joanny Durand devient père d’un fils, Clovis, en 1918. Mais sa vie est bouleversée par la Première Guerre mondiale. Mobilisé dès 1914, il est grièvement blessé lors de la bataille de la Marne. Réformé en 1915, il est reconnu mutilé de guerre à 60 %, une épreuve qui marquera durablement son œuvre.

Dans les années 1920, Joanny Durand se spécialise dans la réalisation de monuments commémoratifs. Il signe de nombreux monuments aux morts dans le département de la Loire, contribuant à perpétuer le souvenir des soldats disparus. Son talent est reconnu au niveau national lorsqu’il reçoit, en 1929, la médaille d’or de la IVᵉ Exposition internationale des Arts décoratifs modernes et de l’Habitation de Nice.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, il quitte Paris pour s’installer à Sainte-Agathe-la-Bouteresse. De 1940 à 1951, il transmet son savoir en enseignant à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne, formant plusieurs générations d’artistes.
Son œuvre est particulièrement présente dans la Loire. On lui doit notamment les monuments aux morts de Saint-Julien-d’Oddes, Boën-sur-Lignon, Sail-sous-Couzan, Sainte-Agathe-la-Bouteresse, Cézay, La Fouillouse, Chazelles-sur-Lyon, Leigneux, Saint-Rambert-sur-Loire, ainsi que celui dédié aux professeurs et élèves du lycée Claude-Fauriel de Saint-Étienne. Il réalise également le monument aux morts de Thiers, dans le Puy-de-Dôme, ainsi que plusieurs bas-reliefs qui témoignent de son talent de sculpteur.
Joanny Durand s’éteint le 10 octobre 1965 à Sainte-Agathe-la-Bouteresse, laissant derrière lui une œuvre importante qui continue d’incarner la mémoire collective et le patrimoine artistique ligérien.
Source : Histoire des noms des rues de Saint-Étienne.

