Le billet d’Eric Moulin Zinutti
Tout voyage porte en lui l’ombre de sa fin, et voici que la mienne se dessine. Le 24, je quitterai cette terre australe pour Dubaï, où une journée m’attend — une parenthèse dorée entre deux mondes, le temps d’arpenter la ville avant le grand retour. Le 27, je poserai enfin le pied chez moi, définitivement, ce mois entier encore battant sous mes tempes. Car il faut bien le dire — et l’on ne se privera pas de me le rappeler — les professeurs ont tant de vacances qu’il fallait bien les occuper ; me voici donc parti au bout du monde, par pur souci de désœuvrement. La rentrée ne sera que le 1er ; les copies attendront. Mais déjà le voyage me remplit la tête au point de peiner à croire qu’il s’achève.
Quel pays m’aura accueilli. L’Australie est belle, ample, lumineuse, et ses habitants portent en eux une douceur décontractée, une bienveillance qui vous prend comme si vous étiez des leurs depuis toujours. Cool et avenants, presque toujours. Et pourtant, s’il fallait dire ce qui vient troubler ce tableau, ce ne serait pas eux. Ce serait nous. Nous, les touristes, avec nos manières empruntées, nos enfants qui braillent et lassent le monde entier, cette façon que nous avons de fouler une terre comme si elle nous était due. Le grain de sable, c’était nous — et moi parmi les autres.
Australie des contrastes, qui longtemps me hantera. D’un côté ces voyageurs de passage, dont je fus ; de l’autre les Australiens eux-mêmes, ces descendants de bagnards devenus les maîtres d’un continent immense ; et puis, en retrait, présents et pourtant tenus à la lisière, les Aborigènes, gardiens d’une terre plus ancienne que toutes les mémoires. Trois strates d’un même sol, qui se côtoient sans tout à fait se regarder.
Et déjà septembre pointe à l’horizon du retour, et avec lui la campagne présidentielle qui s’ouvre — qui est déjà ouverte, en vérité, sur les écrans. Le RN, par la grâce de l’intelligence artificielle, a lancé sa campagne en ligne : toutes ces vidéos s’ouvrent sur un même refrain, « moi, blanche, française, hétéro ». Le ton est donné. Mais je serai là. Là pour décrypter, pour éclairer, pour veiller — comme je veillerai sur ce qui se trame, dans l’économie et la politique, au cœur de ma ville de Saint-Étienne, dont je me ferai aussi le conteur, remontant le fil de son histoire.
Le voyage s’achève. Le regard, lui, ne se referme pas. À très vite, cher lecteur. Car voyez-vous, mon retour a des airs de ces grandes cantatrices qui annoncent leurs adieux à la scène pour mieux y revenir la saison suivante, ovationnées de plus belle — on me croyait parti, me voici de retour, et le rideau, croyez-moi, n’a pas fini de se lever.


