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Mais où sont passées les majorettes de Saint-Étienne ?

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Elles faisaient autrefois partie du décor des fêtes populaires, des carnavals, des cérémonies et des défilés. Uniformes colorés, bâtons, fanfares et musique rythmaient les rues de Saint-Étienne. Aujourd’hui, les majorettes ont quasiment disparu du paysage stéphanois. Pourtant, leur histoire reste bien présente dans les mémoires et les archives de la ville.

Il fut un temps où voir défiler des majorettes dans les rues de Saint-Étienne n’avait rien d’exceptionnel. Elles accompagnaient les fanfares, ouvraient les cortèges et participaient aux grandes fêtes populaires qui animaient les quartiers.

Les archives de la Cinémathèque de Saint-Étienne en témoignent. Des films amateurs réalisés entre 1966 et 1973 montrent les carnavals stéphanois avec leurs chars, leurs fanfares, leurs grosses têtes, leurs déguisements… et leurs majorettes défilant dans les rues du centre-ville.

Les années 1960 et 1970, l’âge d’or

Le carnaval organisé à Saint-Étienne durant cette période constituait un véritable rendez-vous populaire. En 1972, par exemple, le corso traversait plusieurs grandes artères de la ville, de la rue Bergson à la place de l’Hôtel-de-Ville, puis jusqu’à la place du Peuple et l’avenue de la Libération.

Les majorettes faisaient partie intégrante de cette fête. Elles évoluaient au rythme des fanfares devant un public nombreux venu assister au spectacle.

Mais le phénomène dépassait largement le seul carnaval.

Dans les quartiers stéphanois, les associations et amicales laïques constituaient alors un terreau particulièrement favorable à ces formations. À Terrenoire, par exemple, une troupe de majorettes créée dans les années 1960 a longtemps participé aux fêtes locales, aux cérémonies et notamment à la traditionnelle retraite aux flambeaux du 14 juillet.

L’Amicale laïque organisait même de grands rendez-vous autour des fanfares et des majorettes. En 1984, un festival national de majorettes aurait ainsi réuni 500 jeunes filles et 300 musiciens.

Un véritable « Club des majorettes de Saint-Étienne »

La mémoire de cette époque est également conservée par les anciennes participantes.

Un groupe référencé sous le nom de « Club des majorettes de Saint-Étienne » rassemble encore aujourd’hui des témoignages et photographies d’anciennes membres. Les périodes d’inscription mentionnées vont notamment de la fin des années 1960 jusqu’aux années 1990, avec des photographies de groupes, de défilés et de troupes de parade.

Ces documents permettent de mesurer l’importance qu’avaient ces formations dans la vie locale.

Pour de nombreuses jeunes filles, intégrer une troupe représentait bien davantage qu’une activité de loisirs : c’était une manière de participer à la vie du quartier, de rencontrer d’autres jeunes et de prendre part aux grands événements populaires.

Puis les cortèges ont disparu

Alors, où sont passées les majorettes ?

Il serait toutefois trop simple de parler d’une disparition brutale. C’est plutôt un modèle qui s’est progressivement transformé.

Les grands carnavals et les défilés populaires ont perdu de leur place dans la vie des villes. Les fanfares de quartier se sont raréfiées et certaines associations qui accueillaient ces activités ont elles-mêmes connu des difficultés.

À Saint-Étienne, comme ailleurs, le tissu associatif traditionnel a été fragilisé au fil des décennies. En 2024, la Ligue de l’enseignement de la Loire alertait encore sur les difficultés rencontrées par plusieurs structures d’éducation populaire stéphanoises.

Dans le même temps, la pratique du bâton a évolué.

Des majorettes au twirling bâton

Le bâton n’a pas pour autant disparu des gymnases ligériens. Il a changé de cadre.

À Saint-Héand, l’histoire du club local illustre parfaitement cette évolution. Une section de majorettes existait à la fin des années 1970. Au début des années 1980, le groupe devient Les Amazones, puis abandonne progressivement l’appellation de majorettes au profit du twirling bâton.

La discipline intègre alors davantage de danse, de gymnastique, de musique et de technique. Le spectacle de rue laisse progressivement davantage de place à la pratique sportive et aux compétitions.

Cette évolution n’est d’ailleurs pas propre à la Loire. Le passage des anciennes formations de parade vers une pratique plus sportive et chorégraphiée s’est produit dans de nombreux clubs français.

Le twirling existe toujours à Saint-Étienne

La tradition n’est donc pas totalement éteinte.

En 2026, une publication de l’UFOLEP consacrée au twirling bâton présente ainsi Floriane Moulin, responsable d’une section de twirling à l’Amicale de La Terrasse, à Saint-Étienne. Son club rassemble 26 pratiquantes âgées de 6 à 44 ans, preuve que la pratique du bâton existe toujours dans la ville, même sous une forme très différente de celle des anciennes troupes de parade.

Le Comité départemental de twirling bâton de la Loire, dont le siège est situé à Saint-Étienne, est également toujours enregistré comme association active en 2026.

Les majorettes font même leur retour… autrement

Paradoxalement, alors que les traditionnelles troupes de majorettes sont devenues beaucoup plus rares, leur univers connaît aujourd’hui une forme de renaissance artistique.

À l’Amicale laïque de Tardy, à Saint-Étienne, la compagnie Les Moustachettes – La Tuyauterie revisite depuis quelques années l’imaginaire des majorettes et des fanfares. En septembre 2026, elle est présentée comme une compagnie stéphanoise proposant une parade burlesque, mêlant majorettes, fanfare, twirling et théâtre de rue.

Une manière de faire revivre un univers populaire tout en le détournant avec humour.

Une page de la mémoire stéphanoise

Les majorettes n’ont donc pas totalement disparu de Saint-Étienne. C’est surtout la majorette de parade, celle qui défilait derrière la fanfare lors des carnavals et des fêtes de quartier, qui s’est progressivement effacée.

Le bâton, lui, est toujours là. Il se pratique désormais davantage dans les gymnases, sous la forme du twirling, avec des entraînements réguliers et des compétitions.

Mais les images des carnavals des années 1960, 1970 et 1980 racontent une autre époque : celle des rues remplies de monde, des confettis, des chars, des fanfares et des jeunes filles en costume qui faisaient partie du spectacle.

Une histoire populaire que les archives stéphanoises permettent aujourd’hui de retrouver.

Et peut-être que derrière ces images dorment encore des dizaines de témoignages.

Qui étaient les anciennes majorettes de Saint-Étienne ? Dans quels quartiers étaient-elles entraînées ? Quels étaient leurs costumes ? Où se produisaient-elles ? Qui possède encore leurs photographies ?

Autant de questions qui pourraient permettre de retracer l’histoire complète des majorettes stéphanoises, avant que cette mémoire ne disparaisse à son tour.

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