Entretien enregistré le 28 juillet 2026
au Chateau de Bouthéon
Dans cet entretien dense et chaleureux, Thierry Chevrier présente la genèse de sa passion pour la photographie animalière, les valeurs qui l’animent et les grandes lignes de son exposition “Pouvoirs sauvages” au Château de Bouthéon, ainsi que de son livre éponyme. Cet entretien pour Radio GAGA 42 aborde méthodiquement la nature comme patrimoine collectif, la démarche du photographe, la sélection des œuvres exposées, la vocation du livre et les enjeux actuels de la préservation de la faune. Appuyé de nombreux exemples, Thierry Chevrier transmet un plaidoyer sensible pour l’observation, l’émerveillement, la transmission et le respect de la biodiversité locale. Le dialogue est riche de détails pratiques sur l’exposition, l’approche de la photographie animalière, le travail éditorial, la valorisation d’un territoire et l’importance de rester vigilant face au déclin de la faune et aux défis environnementaux.
Origines d’une passion : biologie, photographie et rapport à la faune
L’entretien s’ouvre sur la présentation de Thierry Chevrier, biologiste forestier et passionné de photographie animalière depuis des années, qui exprime le désir de révéler, par l’image, les facultés et stratégies étonnantes de la faune sauvage de nos campagnes. Il distingue la faune domestique de la faune sauvage, soulignant que cette dernière constitue l’ADN même de l’exposition et du livre “Pouvoirs sauvages” : il s’agit de présenter la vie sauvage qui nous entoure, souvent ignorée au quotidien. Thierry Chevrier englobe faune animale et végétale dans son propos, même si son attention reste essentiellement centrée sur les animaux et leurs milieux indissociables. Son attrait pour la photographie résulte d’un penchant naturel pour l’observation, la patience, la récidive des sorties sur le terrain, et la volonté depuis l’enfance de saisir et transmettre la magie discrète de la nature, cultivée par une enfance à la ferme, où la proximité du sauvage stimule la curiosité constante.
Démarche photographique : observation, patience, surprise et interactions avec la faune
La discussion approfondit la pratique photographique de Thierry, qui allie repérage méthodique des lieux selon l’espèce recherchée et ouverture à la surprise de la rencontre fortuite. Il insiste sur la part essentielle de patience et de répétition, reconnaissant aussi qu’on ne contrôle jamais totalement le déroulement : il appartient à la nature de décider, et il arrive souvent d’être toléré par les animaux, grâce à leurs sens très développés qui leur permettent de mesurer le risque et de rester ou non. Il évoque ainsi certains clichés marquants, où l’animal semble poser, comme ce cliché dans un “jardin d’Eden”, issu d’une soirée estivale où l’animal avait délibérément choisi de rester quelques instants. La manière de photographier la faune diffère radicalement du portrait humain : il est nécessaire parfois de se cacher ou de rester discret, tout en acceptant que la réaction des animaux reste imprévisible, leur priorité étant la survie.
Genèse et vocation de l’exposition : valoriser la nature, sensibiliser tous les publics
Thierry Chevrier raconte la création de l’exposition “Pouvoirs sauvages” au Château de Bouthéon, née d’une rencontre fructueuse avec l’équipe du château, combinant patrimoine naturel et patrimoine historique. L’exposition, visible jusqu’aux Journées du Patrimoine le 20 septembre, comprend 24 clichés, chacun correspondant à une “histoire” singulière. Elle a été pensée pour toucher un public très large, des plus jeunes aux amateurs confirmés ou simples citoyens curieux, grâce à des degrés de lecture variés mêlant biologie, connaissance naturaliste, poésie et accès visuel immédiat. Des scolaires sont accueillis et les interactions avec les enfants émerveillés témoignent de la capacité des images à transmettre des connaissances et à provoquer la curiosité. Le fil conducteur de la sélection repose sur la mise en valeur des “super pouvoirs” des animaux : capacités sensorielles, stratégies de camouflage, adaptation, illustrées par une diversité d’espèces allant du papillon au grand cerf.
Réalités du métier et secrets de fabrication : technique, matériel, retouche et histoires derrière les images
L’interview entre dans le détail des exigences matérielles et techniques de la photographie animalière. Thierry Chevrier rappelle que la patience et la récurrence sont indispensables, en particulier pour les espèces nocturnes (rapaces, mammifères), difficiles à observer et photographier du fait de conditions lumineuses exigeantes qui nécessitent des réglages spécifiques et une rapidité d’exécution. Il insiste pourtant sur le fait que tout le monde peut aujourd’hui réaliser des clichés de qualité sans forcément disposer du matériel dernier cri, et il confie ne retoucher que très peu ses images, se limitant à des recadrages si nécessaire pour transmettre le message voulu, mais privilégiant toujours la fidélité à l’ambiance captée sur le moment. Il défend l’authenticité de ses images, quitte à assumer certains défauts qui en prouvent la sincérité.
Le livre “Pouvoirs sauvages” : prolonger l’éphémère, partager la découverte et valoriser la diversité locale
Thierry présente ensuite la genèse de son livre “Pouvoirs sauvages”, conçu pour prolonger les expositions et offrir une trace tangible de ses découvertes. Publié aux éditions de Boré, maison basée à Clermont-Ferrand avec une influence nationale, l’ouvrage compte 180 pages et 150 photos, couvrant la faune locale de la libellule aux grands mammifères, enrichies de récits de rencontre et de contenu biologique présenté sous forme d’anecdotes inconnues du grand public. Il illustre cette démarche par des exemples frappants : l’acuité visuelle d’une buse variable permettrait de lire de petits caractères à la distance d’un terrain de football ; la puissance vocale du renard atteint 5 octaves, surpassant la tessiture légendaire de Freddie Mercury qui s’étendait sur 3 ou 4 octaves. Le livre est accessible dans toutes les librairies physiques comme en ligne, disponible partout en France, et l’auteur participe régulièrement à des salons, entre autrs lors de la Journée du patrimoine au Château de Boutéon le 20 septembre.
Ancrage territorial, accès, sensibilisation et diversité intrarégionale
Thierry répond à l’intérêt du public quant à l’origine des photos, relevant que la majeure partie de ses clichés a été captée dans le département de la Loire, souvent dans une zone restreinte autour de Feurs, Montbrison et ses environ. Fier de la biodiversité remarquable du territoire, il explique que la Loire, le fleuve, attire une grande diversité animale, et qu’un déplacement de dix kilomètres suffit à passer d’un étang à la forêt profonde ou à la plaine agricole. Thierry Chevrier valorise ainsi un patrimoine naturel unique, tout en reconnaissant s’aventurer parfois plus loin, en montagne notamment, mais il revendique avant tout une photographie “locale”. Il en profite aussi pour préciser que les tirages d’art peuvent être commandés sur demande.
Un plaidoyer pour la transmission et l’espoir face à la crise écologique
Interrogé sur l’état alarmant de la faune, notamment lors des incendies estivaux, il refuse le fatalisme. Il reconnaît que toutes les espèces ne se portent pas aussi bien, mais affirme qu’il n’y a rien d’irrémédiable et qu’il reste de la diversité : préserver la nature est une question de soin et de responsabilité collective, à envisager comme un patrimoine commun plutôt qu’une simple question de protection. L’enjeu est d’apprendre à prendre soin de notre environnement et de cultiver le respect au quotidien, une mission que Thierry exprime à travers ses images et ses écrits.
Conclusion, étymologie et engagement pour l’avenir
L’entretien se conclut sur une touche personnelle, avec une explication sur l’étymologie double de son patronyme, Chevrier, qui désigne à la fois le “gardien de chèvres” et, de façon plus inattendue, un terme forestier lié à la gestion des grumes de bois sur la Loire. C’est, selon lui, un clin d’œil à son ancrage régional et à la trajectoire de ses ancêtres. En guise de clôture, il rappelle la disponibilité de son livre “Pouvoirs sauvages” dans les librairies, lors de salons avec des séances de dédicaces privilégiées dans la région, et exprime sa volonté constante de transmettre, sensibiliser et susciter l’émerveillement chez tous ceux qui côtoient ses images, que ce soit à Saint-Étienne, au Château de Bouthéon ou ailleurs. L’échange se termine par un appel à l’observation active de la nature environnante et au plaisir de la découverte, dans un esprit de gratitude et de partage.
L’intégralité de l’entretien est à retrouver ICI

