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Léon Portier, l’avocat stéphanois qui consacra sa vie aux plus démunis

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Dans sa série consacrée aux grandes figures de la Loire, Christian Chassagne nous fait découvrir les personnalités qui ont marqué l’histoire du département, à travers son Dictionnaire des personnalités marquantes de la Loire. Aujourd’hui, Léon Portier, l’avocat stéphanois qui consacra sa vie aux plus démunis.

Né le 21 août 1850 à Montbrison, Léon Portier appartient à ces figures de la vie stéphanoise dont l’engagement dépassa largement le cadre de leur profession. Avocat, homme politique local et défenseur des plus modestes, il fut notamment à l’origine de la création de l’Asile de nuit de Saint-Étienne, une œuvre sociale particulièrement novatrice à la fin du XIXᵉ siècle.

Un avocat au service des plus humbles

Fils d’un receveur de l’Enregistrement et des Domaines à Montbrison, Léon Portier effectue ses études secondaires à Saint-Étienne avant de poursuivre des études de droit. En 1873, il s’inscrit au barreau de Saint-Étienne et commence une longue carrière d’avocat.

Sa réputation ne tarde pas à dépasser le seul cercle judiciaire. Doté d’une stature imposante et de larges épaules, il est décrit comme un homme capable de « porter le poids des dossiers les plus lourds ». Mais derrière cette carrure se trouve surtout un avocat profondément attaché à la défense des plus faibles.

Léon Portier s’engage notamment aux côtés des mineurs de Rive-de-Gier dans leur projet de « Mine aux Mineurs », témoignant de son intérêt pour les questions sociales et les conditions de vie du monde ouvrier.

Au cours de sa carrière, il est élu bâtonnier de l’ordre des avocats de Saint-Étienne à deux reprises, en 1886 puis en 1923. Une reconnaissance qui témoigne de la place importante qu’il occupe alors au sein du barreau stéphanois.

Un engagement politique local

Léon Portier ne se limite pas à son activité d’avocat. Il s’investit également dans la vie publique.

Il devient maire de Saint-Romain-le-Puy en mai 1884, fonction qu’il exerce jusqu’en mai 1896. Il retrouve ensuite le fauteuil de maire en mai 1908, et le conserve jusqu’en mai 1919.

Son engagement local s’accompagne également d’un mandat de conseiller général. Il préside par ailleurs la Société d’agriculture, participant ainsi activement à la vie économique et sociale de la région.

Le 18 avril 1885, alors qu’il est propriétaire d’un terrain, il autorise notamment Parot à y effectuer des recherches qui conduiront à l’exploration du premier puits d’eau minérale. Un épisode qui illustre son implication dans le développement local.

Une nuit d’hiver qui va changer sa vie

Mais c’est surtout son action en faveur des personnes sans domicile qui va laisser une empreinte durable dans l’histoire de Saint-Étienne.

Durant l’hiver 1885-1886, alors qu’il rentre d’une réception, Léon Portier croise dans les rues de la ville plusieurs personnes démunies, grelottant de froid sur le trottoir.

Cette scène le bouleverse.

Plutôt que de rester spectateur de cette misère, il imagine une solution simple mais alors particulièrement novatrice : mettre à la disposition de ces personnes un local chauffé où elles pourraient passer la nuit à l’abri du froid.

Quelques mois plus tard, le 17 mai 1886, son projet devient réalité avec la création de l’Asile de nuit de Saint-Étienne, installé dans les anciens locaux de la Manufacture d’armes.

L’initiative répond à un besoin criant dans une ville industrielle en pleine croissance, où les transformations économiques et l’essor de la population s’accompagnent également d’une grande précarité.

Une œuvre sociale en avance sur son temps

Le succès de l’Asile de nuit est rapide. Les locaux deviennent bientôt trop exigus pour répondre aux besoins.

L’établissement est alors transféré rue du Sablier, une voie qui prendra par la suite le nom de rue Léon-Portier, en hommage à son fondateur.

L’œuvre se distingue également par une initiative particulièrement précurseure : dès 1888, une section destinée aux femmes et aux enfants est ouverte.

À une époque où les dispositifs d’aide sociale restent encore très limités, cette organisation témoigne d’une volonté de prendre en compte différentes formes de précarité et de proposer un véritable accueil aux personnes les plus vulnérables.

Trente-cinq ans après sa création, l’œuvre fondée par Léon Portier franchit une nouvelle étape. En 1921, l’association est déclarée d’utilité publique, consacrant officiellement l’importance de cette initiative dans le domaine de l’action sociale.

Une mémoire toujours présente à Saint-Étienne

Léon Portier s’éteint à Saint-Étienne le 12 août 1927, à l’âge de 76 ans.

Avocat reconnu, ancien bâtonnier, maire, conseiller général et acteur de la vie agricole, il aurait pu rester dans l’histoire locale comme une importante personnalité politique et judiciaire. Pourtant, c’est surtout son engagement auprès des plus démunis qui demeure aujourd’hui l’un des aspects les plus marquants de son parcours.

La création de l’Asile de nuit constitue en effet un héritage majeur. Elle témoigne d’une époque où quelques initiatives individuelles pouvaient donner naissance à des structures appelées à durer.

À Saint-Étienne, son nom demeure également inscrit dans la géographie de la ville : la rue du Sablier, où l’Asile de nuit fut installé, deviendra la rue Léon-Portier.

Une manière de rappeler, au détour d’une rue, le parcours d’un homme qui avait choisi de mettre son métier, son influence et son énergie au service de ceux qui avaient le moins.

Sources : biographie de Léon Portier par Gérard Largeron ; « Histoire des noms des rues de Saint-Étienne ».

Christian Chassagne
Christian Chassagne
Christian Chassagne explore la genèse, le contenu et la richesse historique avec son ouvrage inédit qui recense 1000 personnalités marquantes du département de la Loire.

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