Christian Chassagne — Extrait du Dictionnaire des personnalités marquantes de la Loire
Né à Saint-Étienne, Émile Train fut l’un des pionniers de l’aviation française. Passionné de mécanique, il obtint son brevet de pilote en 1910, quelques jours seulement après avoir construit son premier avion. Mais sa carrière aéronautique fut également marquée par un tragique accident qui coûta la vie au ministre de la Guerre, Maurice Berteaux.
Un Stéphanois passionné de mécanique
Dans le cadre de notre série consacrée aux Ligériens célèbres, proposée par Christian Chassagne, partons à la découverte d’un homme qui a participé à l’une des grandes aventures technologiques du début du XXe siècle : la conquête des airs.
Né le 22 octobre 1877 à Saint-Étienne, Louis Émile Train, connu sous le prénom d’Émile, se passionne très tôt pour la mécanique. Avec son frère jumeau Louis, il fait ses premières armes dans les ateliers de leur père. Une expérience qui lui permet d’acquérir de solides connaissances techniques et de développer un véritable savoir-faire.
À cette époque, l’aviation en est encore à ses balbutiements. Quelques années seulement après les premiers grands exploits des pionniers de l’air, les appareils volants suscitent autant d’admiration que de curiosité. Pour ces passionnés de mécanique, l’aéronautique représente un formidable terrain d’expérimentation.
En 1909, Émile Train décide de se lancer dans cette aventure.
Un brevet de pilote obtenu en un temps record
L’ambition du jeune Stéphanois ne se limite pas à observer les progrès de l’aviation : il veut construire ses propres appareils et prendre lui-même les commandes.
Son talent technique lui permet de franchir rapidement les étapes. Le 9 août 1910, il obtient sa licence de pilote, moins de quinze jours après avoir construit son premier avion.
Cette performance témoigne de sa détermination et de ses compétences dans un domaine où tout reste encore à inventer. À une époque où chaque vol constitue une véritable prise de risque, les aviateurs doivent faire preuve d’audace, de sang-froid et d’une excellente maîtrise de leurs machines.
Émile Train participe alors à de nombreux meetings aériens et prend part aux manifestations qui contribuent à populariser cette nouvelle discipline auprès du grand public.
Les démonstrations aériennes attirent les foules. Voir un homme s’élever dans les airs à bord d’un appareil construit de ses propres mains relève encore de l’exploit. Les aviateurs deviennent progressivement des figures emblématiques de la modernité.
Le drame de la course Paris-Madrid
Le 21 mai 1911, Émile Train participe à la course aérienne Paris-Madrid, une compétition qui témoigne de l’engouement considérable suscité par les débuts de l’aviation.
Mais cette journée va tourner au drame.
Alors qu’il participe à l’épreuve, le moteur de son avion connaît une défaillance. Contraint de tenter un atterrissage, l’aviateur ne parvient pas à éviter un groupe d’officiels présents sur les lieux.
L’accident est terrible. Maurice Berteaux, ministre de la Guerre, est tué sur le coup. Deux autres personnalités sont également blessées, plus ou moins grièvement.
La catastrophe provoque une vive émotion. Elle rappelle brutalement les dangers auxquels sont exposés les pionniers de l’aviation, mais aussi les risques encourus par les spectateurs et les personnalités qui assistent à ces manifestations.
En 1911, les progrès techniques sont rapides, mais la fiabilité des moteurs et la sécurité des appareils demeurent des préoccupations majeures. Les aviateurs évoluent dans un univers où l’expérience s’acquiert souvent au prix de difficultés considérables.
Pour Émile Train, cet accident constitue un épisode dramatique de sa carrière.
Un retour dans la Loire pour un dernier exploit
Malgré cet événement, Émile Train participe encore, en août 1911, à des manifestations aériennes dans la région stéphanoise.
Il se produit notamment lors d’un meeting organisé sur le terrain de Champirol, près de Saint-Étienne, ainsi qu’à Bouthéon.
Ces rendez-vous permettent au public ligérien de découvrir les prouesses de ces hommes qui repoussent les limites du possible. Dans une région marquée par son histoire industrielle et son savoir-faire mécanique, les démonstrations aériennes rencontrent un intérêt particulier.
Émile Train y accomplit un exploit qui restera associé à son nom : il remporte le prix récompensant le premier aviateur à avoir survolé la mairie de Saint-Étienne.
Pour ce natif de la ville, ce vol possède une dimension toute particulière. Après avoir acquis une certaine notoriété dans le monde de l’aviation, il revient dans sa région d’origine pour inscrire son nom dans l’histoire des premières grandes démonstrations aériennes locales.
Ce sera toutefois son dernier vol.
De l’aviation à la fabrication de motos
Après cette expérience aéronautique, Émile Train choisit de tourner la page de l’aviation et de se consacrer à une autre activité mécanique : la fabrication de motos.
Ce changement de cap ne signifie pas un abandon de sa passion pour la technique. Il s’inscrit plutôt dans la continuité de son parcours, marqué depuis ses débuts par la mécanique, l’expérimentation et la recherche de solutions techniques.
À cette époque, l’industrie des transports connaît une transformation profonde. L’automobile et la motocyclette se développent progressivement, tandis que les ingénieurs et les constructeurs multiplient les innovations.
Émile Train poursuit ainsi son parcours dans un secteur qui lui permet de mettre à profit ses connaissances et son expérience.
Un Ligérien à redécouvrir
Émile Train décède le 10 octobre 1939 à Villemomble, dans l’actuel département de la Seine-Saint-Denis, à l’âge de 61 ans.
Son histoire mérite d’être rappelée. Né à Saint-Étienne, il appartient à cette génération d’hommes audacieux qui ont participé aux premières grandes étapes de l’aviation, à une époque où chaque vol constituait une aventure.
Constructeur d’avions, pilote breveté en 1910 et participant à plusieurs meetings aériens, il a également marqué l’histoire locale par son survol de la mairie de Saint-Étienne.
Son parcours rappelle que les grandes aventures industrielles et technologiques ne sont pas uniquement l’œuvre de quelques figures mondialement connues. Elles reposent aussi sur des inventeurs, des mécaniciens et des pionniers dont les noms méritent de retrouver leur place dans la mémoire collective.
Avec ce nouvel épisode des « Ligériens célèbres », Christian Chassagne nous invite à redécouvrir le destin d’un Stéphanois qui a osé prendre son envol à l’une des périodes les plus fascinantes de l’histoire des transports.
Une page de l’histoire de la Loire, mais aussi une page de l’histoire de l’aviation française.
Source : « Histoire des noms des rues de Saint-Étienne » et « Émile Train », par Jeanine Tissot.
Les Ligériens célèbres par Christian Chassagne — Extrait du Dictionnaire des personnalités marquantes de la Loire.



