Il avait 18 ans lorsqu’il quitta Nice pour rejoindre Saint-Étienne. Quelques années plus tard, Robert Herbin allait devenir l’un des hommes les plus importants de l’histoire de l’ASSE. Joueur, capitaine puis entraîneur, il aura accompagné et façonné les grandes heures du football stéphanois. Retour sur l’histoire d’un homme dont le nom reste indissociable de celui des Verts.
Il existe des destins qui semblent, avec le recul, avoir été écrits à l’avance. Celui de Robert Herbin est de ceux-là.
Lorsqu’il arrive à Saint-Étienne en 1957, personne ne peut encore imaginer que ce jeune homme de 18 ans deviendra l’un des personnages les plus emblématiques de l’histoire du club. Il n’est alors qu’un jeune footballeur formé dans la région niçoise, un garçon qui rêve de réussir dans le football professionnel.
Son départ pour le Forez constitue pourtant un tournant majeur. Il va découvrir une ville ouvrière passionnée de football, un stade appelé à devenir mythique et surtout un club qui s’apprête à connaître plusieurs décennies exceptionnelles.
De Paris à Nice, les premiers pas d’un futur champion
Robert Herbin naît le 30 mars 1939 à Paris. Sa famille s’installe ensuite dans le sud de la France. C’est à Nice qu’il découvre véritablement le football et qu’il commence à se faire remarquer.
Il rejoint le Cavigal de Nice, club qui joue alors un rôle important dans la formation des jeunes footballeurs. Le jeune Herbin possède déjà des qualités physiques remarquables. Grand, athlétique, doté d’un excellent jeu de tête et d’une frappe puissante, il se distingue également par une intelligence du jeu peu commune.
Il est rapidement repéré par les recruteurs.
L’OGC Nice s’intéresse à lui, mais son destin va finalement s’écrire beaucoup plus au nord.
À Saint-Étienne, le recruteur Pierre Garonnaire a l’œil. Celui que l’on surnommera plus tard le « sorcier » du recrutement stéphanois comprend rapidement le potentiel du jeune joueur.
En 1957, Robert Herbin rejoint donc l’AS Saint-Étienne.
Il ne le sait pas encore, mais il vient de mettre le pied dans une histoire qui va durer près d’un quart de siècle.
1957 : un jeune Niçois découvre le Forez
Le contraste est saisissant.
Robert Herbin quitte la Côte d’Azur, son soleil et son climat méditerranéen pour découvrir Saint-Étienne et son univers industriel. La ville vit encore au rythme des mines, des aciéries, des manufactures et de ses quartiers populaires.
Et au milieu de cette ville ouvrière, le football occupe déjà une place particulière.
L’AS Saint-Étienne vient de remporter son premier titre de champion de France. Le club est ambitieux et bénéficie d’une génération de dirigeants et de recruteurs qui vont progressivement transformer l’ASSE en grande puissance du football français.
Le jeune Herbin arrive donc dans un environnement particulièrement favorable.
Il doit toutefois gagner sa place.
Son talent et son sérieux vont rapidement convaincre.
Un milieu de terrain qui devient défenseur
Robert Herbin commence sa carrière stéphanoise au milieu de terrain. Mais son intelligence tactique et ses qualités physiques permettent à ses entraîneurs de l’utiliser à différents postes.
Il va progressivement s’imposer en défense.
Ce changement contribue à faire de lui un joueur particulièrement complet.
Herbin possède une excellente lecture du jeu. Il anticipe, intervient proprement et utilise son jeu de tête avec efficacité. Sa frappe de balle est également l’une de ses grandes armes.
Mais ce qui impressionne surtout ses partenaires et ses entraîneurs, c’est sa capacité à comprendre le football.
Il n’est pas seulement un joueur physique. Il pense le jeu.
Cette caractéristique prendra encore davantage d’importance lorsqu’il deviendra entraîneur.
Les années 1960 : Herbin au cœur de la montée en puissance des Verts
Au fil des saisons, Robert Herbin devient un cadre de l’ASSE.
Saint-Étienne grandit.
Le club s’installe progressivement parmi les meilleures équipes françaises et le jeune défenseur participe pleinement à cette transformation.
En 1964, les Verts remportent un nouveau championnat de France. Herbin fait partie de cette équipe qui confirme que le titre de 1957 n’était pas un simple accident.
La suite sera encore plus spectaculaire.
Entre 1967 et 1970, Saint-Étienne remporte quatre championnats de France consécutifs.
Robert Herbin est alors devenu l’un des piliers du club.
Il est également devenu international français. Avec les Bleus, il compte 23 sélections et participe notamment à la Coupe du monde 1966 en Angleterre.
Mais c’est sous le maillot vert qu’il va véritablement écrire son histoire.
Le capitaine
Herbin n’est pas le joueur le plus démonstratif.
Il ne cherche pas la lumière.
Son caractère réservé, son sérieux et son exigence lui valent progressivement une réputation particulière.
Il parle peu, travaille beaucoup.
Cette personnalité lui vaudra plus tard le surnom de « Sphinx ».
Sur le terrain, son autorité est pourtant bien réelle.
Il devient capitaine et incarne une génération de joueurs qui va faire entrer l’AS Saint-Étienne dans une nouvelle dimension.
Le public de Geoffroy-Guichard découvre alors un joueur qui correspond parfaitement à l’identité de la ville : travailleur, exigeant et déterminé.
1972 : le joueur devient entraîneur
En 1972, Robert Herbin met un terme à sa carrière de joueur.
Mais contrairement à beaucoup de footballeurs qui quittent définitivement les terrains, il reste à Saint-Étienne.
Le club lui confie les responsabilités d’entraîneur.
La décision peut surprendre. Herbin est encore jeune : il n’a que 33 ans.
Mais il connaît parfaitement la maison.
Il connaît les joueurs, les exigences du haut niveau et surtout les ambitions du club.
Il va rapidement imposer sa méthode.
Le « Sphinx » construit son équipe
Robert Herbin n’est pas un entraîneur spectaculaire dans son expression.
Il observe.
Il analyse.
Il travaille.
Et surtout, il fait confiance aux jeunes.
Saint-Étienne dispose alors d’un formidable vivier. Herbin va s’appuyer sur la formation et permettre à plusieurs jeunes talents de s’installer au plus haut niveau.
Une nouvelle génération apparaît.
Dominique Rocheteau devient l’un des symboles de cette équipe. Jean-Michel Larqué, Dominique Bathenay, Gérard Janvion et bien d’autres vont participer à la construction d’un collectif qui va bientôt dépasser les frontières françaises.
Herbin comprend que l’ASSE doit jouer différemment.
Il veut une équipe capable de courir, de presser, de défendre ensemble et surtout de jouer vers l’avant.
Les résultats ne tardent pas.
1974, 1975, 1976 : les années vertes
Sous la direction de Robert Herbin, l’AS Saint-Étienne remporte trois championnats de France consécutifs, en 1974, 1975 et 1976.
Les Verts remportent également plusieurs Coupes de France.
Mais le plus important est ailleurs.
Saint-Étienne devient une véritable référence européenne.
Dans toute la France, les enfants portent le maillot vert.
Les déplacements de l’ASSE deviennent de véritables événements populaires.
Et à Geoffroy-Guichard, le public rêve désormais d’Europe.
1976 : Glasgow, le sommet
La saison 1975-1976 reste gravée dans la mémoire collective.
L’ASSE atteint la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions.
Face aux Verts se dresse le Bayern Munich, tenant du titre et l’une des meilleures équipes européennes.
La finale se joue à Glasgow, le 12 mai 1976.
Les Stéphanois s’inclinent 1-0.
Mais cette défaite devient paradoxalement l’un des plus grands moments de l’histoire du club.
Les poteaux carrés du stade de Hampden Park entrent dans la légende.
La France entière découvre une équipe stéphanoise capable de rivaliser avec les plus grands clubs européens.
Robert Herbin est au centre de cette aventure.
L’entraîneur de 37 ans vient de conduire son équipe au sommet du football européen.
Une relation particulière avec les joueurs
Robert Herbin entretient avec son groupe une relation particulière.
Son autorité repose moins sur les grands discours que sur la préparation, la discipline et la confiance.
Il laisse également une certaine liberté à ses joueurs sur le terrain.
Cette philosophie contribue à faire des Verts une équipe spectaculaire.
Le football stéphanois de cette époque devient synonyme de mouvement, d’engagement et de générosité.
Le public s’identifie totalement à cette équipe.
Les Verts ne représentent plus seulement un club.
Ils représentent une ville.
Ils représentent une région.
Ils représentent toute une époque.
Le « Sphinx » et Saint-Étienne
Il est difficile aujourd’hui d’imaginer la place occupée par l’ASSE dans la société française des années 1970.
Les matches des Verts sont suivis par des millions de téléspectateurs.
Les joueurs deviennent des vedettes nationales.
Michel Platini, Jean-Michel Larqué, Dominique Rocheteau ou Patrick Revelli font rêver toute une génération.
Et au milieu de cette effervescence, Robert Herbin reste fidèle à son personnage.
Peu de déclarations.
Peu de gestes inutiles.
Une certaine distance.
D’où ce surnom de « Sphinx », qui lui restera définitivement associé.


